30.11.2008

" Capri, c'est fini "


(...)Je prends donc le train pour Juan les Pins (oui, je sais, c’est pas l’Italie).
Là, je le retrouve avec une de ses amies (...)
Première folie d’Eric, fidèle à lui-même : il nous offre le petit déjeuner dans un hôtel cinq étoiles avec vue sur la mer. Je n’ai jamais vu tant de faste et d’opulence. Comme il dit, c’est un de ses pêchés mignons que de venir débourser une somme astronomique pour le plaisir d’un buffet gargantuesque dans ce lieu magique. Je ne me sens pas trop à ma place, mais ça me rappelle la sortie au casino et au Jimmy’s. Qu’importe ! Je sais qu’il n’y a qu’Eric pour m’emmener dans des endroits pareils. Autant en profiter ! Quand j’interroge Eric sur la façon dont il gère son budget avec son chômage qui touche à sa fin, son éternelle soif de bouger et sa folie des grandeurs, je vois un instant de gêne dans ses yeux et il me sort : « C’est très simple, j’ai braqué une banque et je suis millionnaire, jusqu’à ce que les flics remontent jusqu’à moi. Mais je te promets, je dépense petit à petit, pour pas que ce soit trop voyant. » Silence de quelques secondes puis il s’esclaffe et reprend : « non, en fait, tu sais je suis retourné dans les casinos et j’ai gagné un petit pactole » (là, je veux bien y croire). Toujours aussi prudente, la Maëlie reprend : « j’espère que tu en as mis de côté ». Il me répond comme quand je lui demandais s’il avait révisé ses examens : « T’inquiète ma petite Maëlie !! ». Je n’en saurai pas plus. Sauf que, après cette opulence, on économise sur les billets de train en changeant de train à la frontière (c’est fou ce qu’on se fait entuber quand on prend les billets à partir de la France !!). Première étape de notre périple : Milan.
(...) On s’échange des bouquins, on parle musique, on évoque des souvenirs de collège, de lycée (j’implore pour avoir une nouvelle fois droit à une imitation de madame Snobinarde-à-jupe-rose, mais le temps a enlevé un peu de magie). On parle de l’année noire de prépa, de la fac.. et on refait le monde une fois de plus.
A Milan, on suit notre guide (Eric connaît la ville par cœur ; c’est à se demander où il n’est jamais allé !!)
(...) Je dors dans la grande chambre avec Eric ; sa copine prend la chambre individuelle. Eric joue la carte pudeur pour enlever son tee-shirt et je me fous de lui. Faut quand même pas exagérer, c’est qu’un tee-shirt !! Le lendemain, on prend un train pour Côme et son lac. Dommage qu’il fasse gris (Eric est de mauvais poil), on visite quand même la ville et embarque pour un tour sur le lac. Escale à Bellagio, et arrêt dans un cybercafé où Eric consulte les mails de ces potentiels amants et surtout nous dégotte un super hôtel quatre étoiles à Naples pour un prix imbattable. On traîne dans les ruelles et on rembarque pour visiter ensuite les jardins de la villa Carlotta alors que le ciel se dégage (et le visage d’Eric en même temps). Le soir, on mange à Côme avant de rentrer avec le dernier train pour notre hôtel à Milan. Course folle pour attraper ce train (de toutes façons, Eric ne sait pas arriver en avance pour les transports en commun) récompensée en arrivant à Milan par un super cocktail avant d’aller faire dodo.

Le lendemain, on se sépare ; la copine repart (je vous rassure, c’était prévu comme ça, c’est pas moi qui l’ai fait fuir !!) et nous, un long trajet nous attend jusqu’à Naples. En chemin, Eric me fait lire des extraits de son roman (y a des passages où il m’a fallu m’accrocher au siège pour pas décoller ou dégueuler, tellement c’est trash, mais j’adore !!) et quelques poèmes (de la même trempe). Ca me plait tellement que je me lève dans le train et déclame, en français (scusi, but I don’t speak italian) « Ce garçon que vous voyez là est le plus grand génie de tous les temps ». Les passagers nous prennent pour des barjos, des marginaux ou je ne sais quoi (j’en ai vu un qui cherchait une pièce dans son porte-monnaie pour nous la donner !!). Nous, on se marre pendant dix minutes. Je lis un bouquin de Philippe Besson qu’Eric m’a passé (et qui me plait beaucoup, puisque je le finis pendant le voyage), Eric s’endort sur mon épaule en écoutant Moby ou Madonna (à l’époque, c’est soit l’un soit l’autre dans son disc-man ; je penche plutôt pour Moby, parce que quand c’est Madonna, il chante à tue-tête et danse sur les fauteuils !).
Quand on arrive à Naples, c’est vite un double choc (pas le magnum, malheureusement !) : l’hôtel est juste à côté de la gare et c’est du grand luxe, fauteuils dans la salle de restaurant immense, décoration de très bon goût, grooms à tous les étages, salons et petits salons, salle de sport… Ca, c’est le premier effet kiss cool (ou le premier choc) ; deuxième effet kiss cool (ou deuxième choc), c’est les alentours de l’hôtel.
Eric veut voir la mer (depuis qu’Eric est homo, Eric veut toujours voir la mer). On demande un plan et on se dirige vers la côte qui n’est pas loin.
Sauf que les rues sont hyper sales, que plein de gens zarbis traînent et qu’en guise de bord de mer, on découvre des bâtiments industriels, et un port horrible bétonné de partout. En plus, on se prend une averse énorme qui, heureusement ne dure pas très longtemps, juste le temps d’assister à trois accidents sur la route du bord de mer !! Ici, les voitures se rentrent dedans (on dirait les auto-tamponneuses !!), les gens s’injurient mais repartent aussitôt, sans remplir de constat. Y a même un bus qui bousille une voiture et file à toute allure. On voit aussi des camés qui zonent. Bref, même Eric qui en a vu des vertes et des pas mures et qui a voyagé dans des coins réputés comme craignos n’en revient pas et n’est pas rassuré. Je suggère alors de faire du tourisme « plus touristique » et de nous payer un tour de ville organisé. L’impression est bien meilleure, la vue de la colline de Posilippo bien plus belle. Le lendemain, on reprend le bus pour un autre tour et on s’arrête dans deux musées. C’est beau, mais c’est crevant. Parce qu’on prend un méga petit déjeuner au buffet de l’hôtel puis on part pour la journée non stop… sauf « due gelati » vers trois heures. Alors forcément, le soir, on rentre un peu nase et un peu affamé. Trop crevé pour sortir, Eric me sort : « allez, on va vider le mini-bar ». Je ne le crois pas mais il commence à entamer les petits biscuits… Voyant qu’il n’y a que du mousseux à boire dans le frigo, il demande à la réception de nous monter une bouteille de champagne. Et nous voilà à boire le champagne et à manger tous les amuse-bouches et autres cochonneries. Bientôt, il n’y a plus rien dans le bar ni dans la bouteille. Eric est gai, très gai et gay aussi.

D'après "Les Chroniques du Cancer" de Léonie Lisso (Maëlie)

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