03.12.2008

" J'y crois encore "

(...) Car depuis le temps, ses recueils de poèmes se multiplient. Ses voyages ont renouvelé son inspiration et je ne peux lire un de ses écrits sans en être retournée pour plusieurs heures au minimum. Comment fait-il pour toucher mon âme de si près, pour provoquer ces malaises physiques chez moi avec des phrases si simples, courtes, sibyllines, ou au contraire hermétiques, chargées, ampoulées et si ambiguës ? Comment fait-il pour être l’écho de mes paroles les plus sombres, mes idées les plus noires, mes mal-être les plus profonds ? Comment fait-il pour provoquer ces décharges électriques à chaque adjectif, ces frissons langoureux à chaque point de suspension, cet arrêt respiratoire à chaque fin de paragraphe et cet engourdissement de tout mon corps à chaque mot fin ?
Et comment se fait-il alors, que cette petite voix me taraude : « Maëlie, fais attention ! Maëlie, ne va pas trop vite ! »
Le doute naît et grimpe en quelques jours. Cette fameuse révélation dont il m’a parlé le premier novembre est-elle si définitive que ça ? Puis-je engager ma vie si j’ai peur de façon constante que l’homme que j’aime me quitte pour un garçon attirant ? Quelles sont mes garanties ? Oui, son dernier test VIH est négatif mais il m’a dit lui-même que depuis, il avait eu deux autres aventures. Et ça ne date pas d’il y a un an ou de six mois mais tout juste de deux mois. Comment peut-il être aussi sûr de lui en deux mois ? Des promesses il m’en a tellement faites !! Une peur panique m’envahit. On est deux jours après mon anniversaire que j’ai fêté en famille, il est tard et mes doutes sont insupportables. Il faut que je lui en parle, qu’on réfléchisse encore, qu’il me rassure, quitte à retarder un peu la date du mariage. J’appelle chez lui à Rouen à vingt-deux heures. Personne !

D'après "Les Chroniques du Cancer" de Léonie Lisso (Maëlie)

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