27.04.2009
Humeur du moment...
" Nous concevons très bien le genre d'attrait qu'a, pour certaines âmes fatiguées du monde et désabusées de ses illusions, cette existence solitaire.
Qui n'a point aspiré à quelque chose de pareil?
Qui n'a pas, plus d'une fois, tourné ses regards vers le désert et rêvé le repos en un coin de la forêt, ou dans la grotte de la montagne, près de la source ignorée où se désaltèrent les oiseaux du ciel?"
"Un hiver à Majorque", George SAND.
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16.03.2009
"Prostitué"

" Seul, allonge à même le parquet, le soleil perle mes tempes, éparpille mes ombres. Ma raison m'abandonne.
Je m'imagine mort. Les meurtrissures s'enlisent, le venin s'amenuise.
Mais comme il n'y a personne pour me réveiller d'un baiser ou d'une caresse, hormis une horde de cliniciens ou de proches aux sentiments voilés de noir, cela ne m'amuse pas.
Mon coeur s'accélère. Je sursaute, me relève à bout de souffle. Mais le temps court, sans pour autant m'indiquer où aller.
Et je ne sais que faire du charme de mes dix-neuf ans.
(...)
C'est en laissant la porte grande ouverte que l'on attache sans doute le mieux.
(...)
Pouvait-on aimer un garçon dans l'insouciance?
(...)
Pourquoi avions-nous tant besoin d'artifice pour nous sentir exister?
(...)
Nous n'avions jamais donné un nom à notre relation. Nous vivions l'un envers l'autre au gré de nos sentiments, sans chercher à les comprendre.
Laissant le trouble nous griser ou vagabonder là où bon nous semblait. Scellés par une amitié fraternelle. Nous ne nous disions pas tout pour autant.
(...)
Motus et bouche cousue. Envers et contre tous.
Nous étions frères d'âmes. Et la puissance de ce lien dépasse de loin ce qu'on entend communément par amitié.
(...)
De fait donc, les enveloppes que les clients me donnaient me laissaient plutôt de glace. Ne changeaient rien à ma vie. Je les empochais et finissais toujours par dilapider leur contenu inutilement. Sans doute pour qu'il n'y ait pas de traces de ces échanges. Cet argent me gênait sans que j'en distingue la raison. Je réalisais que c'était la plaque tournante, le carrefour où chacun s'entendait dans ce petit trafic. Mais je n'étais pas dupe. Derrière ces considérations pécuniaires, se jouaient d'autres tractations où désirs, névroses, malaises s'entrechoquaient. Les billets n'étaient que le garant du silence, le bouclier contre la honte. L'argent déculpabilisait tout le monde.
Pour moi, je crois qu'il était juste une preuve concrète de ce que je valais. Mais aussi du pouvoir que je voulais, que je pensais détenir.
Je n'en avais finalement pas de réelle nécessité.
Ils me payaient pour que leur tristesse se sente moins seule. Mais je n'avais pas la moindre idée de ce que j'y gagnais, moi.
(...)
J'imaginais assez facilement ce qu'ils cherchaient à revivre, à retrouver à travers moi.
Ce n'est pas moi qui leur semblait vital et à qui ils étaient aliénés, mais bien à un garçon qu'ils avaient connu jeune et qu'ils n'avaient jamais possédé, ou pas comme ils l'auraient désiré.
Ou qu'ils avaient perdu.
Tout comme leur jeunesse.
(...)
(...) Comme si l'affection éperdue à laquelle il aspirait ne pouvait lui être donnée que par la violence avec laquelle il cognait les garçons. On ne pouvait pas dire qu'il faisait l'amour ni qu'il baisait. Non, il cognait. De rage, de tristesse, à ne pas être aimé comme il le voulait.
Aussi pleinement que dans les bras d'une mère, probablement.
(...)
L'enterrement fut une longue errance. Sèche et sourde. Blafarde. Je découvris, sans succomber aux épanchements lacrymaux, que la peine véritable était une douleur lourde et plombante. Accaparante tellement elle se répandait. Silencieuse et épuisante."
Voilà bien longtemps que je n'ai pas lu un livre aussi poignant que celui-là !
Si je lis depuis un certain temps en général des livres qui me tentent et non pas forcément des livres que je me dis devoir lire, je n'ai pas lu quelque chose d'aussi fort que celui-ci depuis longtemps.
Sur un sujet sensible, David Von Grafenberg s'exprime avec une fréquente pudeur, presque florale, poétique, à fleur de peau, et lorsque les mots se font plus crus ou que la violence des rapports n'a pas de nom, la tension monte et l'on croit étouffer avec lui.
Le pouvoir des mots choisis par l'auteur a beaucoup d'importance, une importance virulente.
J'ai été séduit, touché, ému, bouleversé par ce premier roman.
Un sujet qui m'a toujours interpellé et qui montre une fois de plus que ce sont souvent les dits clients les plus à blâmer et même là David VG ne juge pas, demeure toujours d'une indulgence presque lasse, effacée, inerte à un moment donné de sa vie, quelqu'un qui s'est adonné à ce qu'il nomme dans ce livre pourtant si bien, sans vraiment y avoir fait attention, peut-être par hasard, par égarement ou quelque peu par attrait, fascination du danger quelque part, l'inconnu; mais avant tout en recherche eternelle d'un lien presque fraternel, un lien plus psychique, une proximité plus physique que sexuelle.
Un très beau livre. Riche. Puissant. Très édifiant et à la fois très personnel car il s'agît ici d'une quête avant tout. De soi et aussi d'un lien fort, spécial, inhabituel, au fond, pas du tout celui que l'on peut croire lorsqu'on lit le titre.
De très belles phrases également sur de belles amitiés indescriptibles, sur des liens que l'on recherche, et sur ce qui nous pousse parfois vers les abîmes, les frontières.
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03.12.2008
" J'y crois encore "
(...) Car depuis le temps, ses recueils de poèmes se multiplient. Ses voyages ont renouvelé son inspiration et je ne peux lire un de ses écrits sans en être retournée pour plusieurs heures au minimum. Comment fait-il pour toucher mon âme de si près, pour provoquer ces malaises physiques chez moi avec des phrases si simples, courtes, sibyllines, ou au contraire hermétiques, chargées, ampoulées et si ambiguës ? Comment fait-il pour être l’écho de mes paroles les plus sombres, mes idées les plus noires, mes mal-être les plus profonds ? Comment fait-il pour provoquer ces décharges électriques à chaque adjectif, ces frissons langoureux à chaque point de suspension, cet arrêt respiratoire à chaque fin de paragraphe et cet engourdissement de tout mon corps à chaque mot fin ?
Et comment se fait-il alors, que cette petite voix me taraude : « Maëlie, fais attention ! Maëlie, ne va pas trop vite ! »
Le doute naît et grimpe en quelques jours. Cette fameuse révélation dont il m’a parlé le premier novembre est-elle si définitive que ça ? Puis-je engager ma vie si j’ai peur de façon constante que l’homme que j’aime me quitte pour un garçon attirant ? Quelles sont mes garanties ? Oui, son dernier test VIH est négatif mais il m’a dit lui-même que depuis, il avait eu deux autres aventures. Et ça ne date pas d’il y a un an ou de six mois mais tout juste de deux mois. Comment peut-il être aussi sûr de lui en deux mois ? Des promesses il m’en a tellement faites !! Une peur panique m’envahit. On est deux jours après mon anniversaire que j’ai fêté en famille, il est tard et mes doutes sont insupportables. Il faut que je lui en parle, qu’on réfléchisse encore, qu’il me rassure, quitte à retarder un peu la date du mariage. J’appelle chez lui à Rouen à vingt-deux heures. Personne !
D'après "Les Chroniques du Cancer" de Léonie Lisso (Maëlie)
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30.11.2008
" Capri, c'est fini "
(...)Je prends donc le train pour Juan les Pins (oui, je sais, c’est pas l’Italie).
Là, je le retrouve avec une de ses amies (...)
Première folie d’Eric, fidèle à lui-même : il nous offre le petit déjeuner dans un hôtel cinq étoiles avec vue sur la mer. Je n’ai jamais vu tant de faste et d’opulence. Comme il dit, c’est un de ses pêchés mignons que de venir débourser une somme astronomique pour le plaisir d’un buffet gargantuesque dans ce lieu magique. Je ne me sens pas trop à ma place, mais ça me rappelle la sortie au casino et au Jimmy’s. Qu’importe ! Je sais qu’il n’y a qu’Eric pour m’emmener dans des endroits pareils. Autant en profiter ! Quand j’interroge Eric sur la façon dont il gère son budget avec son chômage qui touche à sa fin, son éternelle soif de bouger et sa folie des grandeurs, je vois un instant de gêne dans ses yeux et il me sort : « C’est très simple, j’ai braqué une banque et je suis millionnaire, jusqu’à ce que les flics remontent jusqu’à moi. Mais je te promets, je dépense petit à petit, pour pas que ce soit trop voyant. » Silence de quelques secondes puis il s’esclaffe et reprend : « non, en fait, tu sais je suis retourné dans les casinos et j’ai gagné un petit pactole » (là, je veux bien y croire). Toujours aussi prudente, la Maëlie reprend : « j’espère que tu en as mis de côté ». Il me répond comme quand je lui demandais s’il avait révisé ses examens : « T’inquiète ma petite Maëlie !! ». Je n’en saurai pas plus. Sauf que, après cette opulence, on économise sur les billets de train en changeant de train à la frontière (c’est fou ce qu’on se fait entuber quand on prend les billets à partir de la France !!). Première étape de notre périple : Milan.
(...) On s’échange des bouquins, on parle musique, on évoque des souvenirs de collège, de lycée (j’implore pour avoir une nouvelle fois droit à une imitation de madame Snobinarde-à-jupe-rose, mais le temps a enlevé un peu de magie). On parle de l’année noire de prépa, de la fac.. et on refait le monde une fois de plus.
A Milan, on suit notre guide (Eric connaît la ville par cœur ; c’est à se demander où il n’est jamais allé !!)
(...) Je dors dans la grande chambre avec Eric ; sa copine prend la chambre individuelle. Eric joue la carte pudeur pour enlever son tee-shirt et je me fous de lui. Faut quand même pas exagérer, c’est qu’un tee-shirt !! Le lendemain, on prend un train pour Côme et son lac. Dommage qu’il fasse gris (Eric est de mauvais poil), on visite quand même la ville et embarque pour un tour sur le lac. Escale à Bellagio, et arrêt dans un cybercafé où Eric consulte les mails de ces potentiels amants et surtout nous dégotte un super hôtel quatre étoiles à Naples pour un prix imbattable. On traîne dans les ruelles et on rembarque pour visiter ensuite les jardins de la villa Carlotta alors que le ciel se dégage (et le visage d’Eric en même temps). Le soir, on mange à Côme avant de rentrer avec le dernier train pour notre hôtel à Milan. Course folle pour attraper ce train (de toutes façons, Eric ne sait pas arriver en avance pour les transports en commun) récompensée en arrivant à Milan par un super cocktail avant d’aller faire dodo.
Le lendemain, on se sépare ; la copine repart (je vous rassure, c’était prévu comme ça, c’est pas moi qui l’ai fait fuir !!) et nous, un long trajet nous attend jusqu’à Naples. En chemin, Eric me fait lire des extraits de son roman (y a des passages où il m’a fallu m’accrocher au siège pour pas décoller ou dégueuler, tellement c’est trash, mais j’adore !!) et quelques poèmes (de la même trempe). Ca me plait tellement que je me lève dans le train et déclame, en français (scusi, but I don’t speak italian) « Ce garçon que vous voyez là est le plus grand génie de tous les temps ». Les passagers nous prennent pour des barjos, des marginaux ou je ne sais quoi (j’en ai vu un qui cherchait une pièce dans son porte-monnaie pour nous la donner !!). Nous, on se marre pendant dix minutes. Je lis un bouquin de Philippe Besson qu’Eric m’a passé (et qui me plait beaucoup, puisque je le finis pendant le voyage), Eric s’endort sur mon épaule en écoutant Moby ou Madonna (à l’époque, c’est soit l’un soit l’autre dans son disc-man ; je penche plutôt pour Moby, parce que quand c’est Madonna, il chante à tue-tête et danse sur les fauteuils !).
Quand on arrive à Naples, c’est vite un double choc (pas le magnum, malheureusement !) : l’hôtel est juste à côté de la gare et c’est du grand luxe, fauteuils dans la salle de restaurant immense, décoration de très bon goût, grooms à tous les étages, salons et petits salons, salle de sport… Ca, c’est le premier effet kiss cool (ou le premier choc) ; deuxième effet kiss cool (ou deuxième choc), c’est les alentours de l’hôtel.
Eric veut voir la mer (depuis qu’Eric est homo, Eric veut toujours voir la mer). On demande un plan et on se dirige vers la côte qui n’est pas loin.
Sauf que les rues sont hyper sales, que plein de gens zarbis traînent et qu’en guise de bord de mer, on découvre des bâtiments industriels, et un port horrible bétonné de partout. En plus, on se prend une averse énorme qui, heureusement ne dure pas très longtemps, juste le temps d’assister à trois accidents sur la route du bord de mer !! Ici, les voitures se rentrent dedans (on dirait les auto-tamponneuses !!), les gens s’injurient mais repartent aussitôt, sans remplir de constat. Y a même un bus qui bousille une voiture et file à toute allure. On voit aussi des camés qui zonent. Bref, même Eric qui en a vu des vertes et des pas mures et qui a voyagé dans des coins réputés comme craignos n’en revient pas et n’est pas rassuré. Je suggère alors de faire du tourisme « plus touristique » et de nous payer un tour de ville organisé. L’impression est bien meilleure, la vue de la colline de Posilippo bien plus belle. Le lendemain, on reprend le bus pour un autre tour et on s’arrête dans deux musées. C’est beau, mais c’est crevant. Parce qu’on prend un méga petit déjeuner au buffet de l’hôtel puis on part pour la journée non stop… sauf « due gelati » vers trois heures. Alors forcément, le soir, on rentre un peu nase et un peu affamé. Trop crevé pour sortir, Eric me sort : « allez, on va vider le mini-bar ». Je ne le crois pas mais il commence à entamer les petits biscuits… Voyant qu’il n’y a que du mousseux à boire dans le frigo, il demande à la réception de nous monter une bouteille de champagne. Et nous voilà à boire le champagne et à manger tous les amuse-bouches et autres cochonneries. Bientôt, il n’y a plus rien dans le bar ni dans la bouteille. Eric est gai, très gai et gay aussi.
D'après "Les Chroniques du Cancer" de Léonie Lisso (Maëlie)
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11:32 Publié dans Foudroyé | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, amour, initiatique, gay et lesbienne
21.06.2008
48H de la vie d'un couple d'amis à Paris... (Wenn Engel reisen)
J'ai passé la nuit à travailler. Je ne suis pas très frais.
Seulement quatre heures de sommeil. L'estomac qui me tiraille. La tête qui tape.
Je ne sais pas si je vais tenir le coup, si je vais être en forme, si c'était la meilleure date pour partir.
Mais je décide de faire confiance au hasard, au sort, au destin, comme on dit. Et c'est très bien ainsi.
La gare. Une barre de chocolat en quatrième vitesse. Le train pour Montpellier qui part.
Ca va. Pour l'instant, la fatigue ne se fait pas trop sentir. Je me dis qu'elle arrivera bien, mais pour le moment, ça va bien.
Montpellier. Je descends. Je vais manger un morceau. Je fais un tour. Le temps est couvert. C'est un peu moite.
Je ne sais pas si cela est de bon augure. Bah, on verra bien! ou encore... qui vivra verra.
Départ pour Paris.
Billet de première classe, pour le prix de la seconde, ce n'est déjà pas si mal. Personne dans le train, mmh c'est parfait, je vais pouvoir me reposer.
Nîmes. Il y a des gens qui montent. Désormais, il me faudra partager mes deux fauteuils avec quelqu'un d'autre, mais ce n'est pas grave, ça reste relativement confortable.
Le voyage n'est pas trop long. Je ne me repose pas beaucoup, finalement. Mais ça va, je suis étonné, mais ça va. Je me sens même de plus en plus guilleret à mesure que la capitale approche.
Et la capitale montre le bout de son nez, gris, certes, mais c'est bien elle, c'est bien la Paris que je connais, celle que j'ai laissée il y a plus de combien déjà? plus de huit mois... et encore, la dernière fois ça n'avait été qu'un aller-retour, la dernière fois que je l'avais vue vraiment, c'était il y a treize mois maintenant.
Je ne répèterai jamais assez combien le temps passe vite.
Considération ô combien vaine mais malheureusement si réelle. Je ne parviens toujours pas à m'y faire. Je devrais pourtant... mais...
Paris. Paris est là, sous mes yeux, sous mes oreilles, sous mes fossettes.
Paris est grise, telle que je l'avais vue en rêve ces jours-ci, telle que je l'ai décrite dans mes derniers poèmes...
Je m'approche de l'hôtel...
Il me paraît superbe. Et je ne suis pas déçu lorsque je pénètre dans la chambre, quasi luxueuse, et je ne parle pas de la salle de sports que je n'utiliserai sans doute pas ni de la piscine que j'espère en revanche fort, utiliser.
Cela me réconcilie avec l'hôtel M*** où je travaillais avant et qui m'avait donné ce bon de deux nuits gratuites à utiliser ici même, comme cadeau de Noël.
J'envoie un texto à ma petite Cath (qui est loin d'être petite)!
"J'arrive dans la folle, extravagante, romantique et explosive Paris... il y a même un rayon de soleil qui m'accueille... je t'attends..."
Cath, je l'ai connue sur mon blog. Comme deux âmes un peu égarées, tourmentées à l'époque, qui semblaient parler des mêmes choses, des mêmes craintes, des mêmes dualités...
Magie des technologies modernes.
Cath, je l'ai connue mieux encore ici même, à Paris, il y a un peu plus de quinze mois (déjà!)... mais ça avait été si court à l'époque... à peine le temps de monter la Tour Montparnasse, de tchather un peu et de voltiger à travers la Rue de Rennes et St Germain des Prés; de manger un sauté d'agneau épicé dans une sorte de bouchon à la lyonnaise, et hop, un aéroport, un au revoir, des émotions et puis le vol de retour s'annonçait déjà pour elle alors que je devais sillonner encore la belle capitale pour deux ou trois jours supplémentaires.
Cath, elle m'a donné rdv l'autre jour ici, toujours ici, mais je n'ai pas pu m'y rendre.
Cath, je lui ai dit il y a quinze jours et si on se retrouvait ici ce dimanche et ce début de semaine? Et elle a dit OUI.
22:10 Publié dans Foudroyé | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : Paris, amitié, journal intime
25.05.2008
Elodie à fleur de sang
Elodie à fleur de sang, Elodie à fleur de sens...
Voici un long moment déjà que je souhaitais écrire un article au sujet de cette émouvante et talentueuse jeune femme. ELODIE FREGE.
Je voulais la voir depuis un moment, sur scène. J'en avais entendu beaucoup de bien et son univers intimiste et délicat m'avait soufflé ses mots/maux tout au long de l'année dernière, alors oui, c'était pour moi un grand moment que celui d'attendre pour la voir sur scène.
J'avais hésité à aller la voir dans différents lieux, mais à chaque fois ça n'avait pas pu se faire.
Alors j'ai opté pour St Martin de Crau.
Ce samedi 22 mars 2008.
J'attendais, impatient et curieux, de la voir sur scène.
Est-ce que l'émotion allait être aussi forte, différente, que celle ressentie lorsque j'écoute son sublime album "Le jeu des 7 erreurs"?
Allais-je retrouver cet univers gainsbourien, bercé par de sensuels ou poignants jeux de mots, jeux d'écriture, agrémenté aussi par la magie Biolay?
J'étais confiant, serein, un peu angoissé quand même.
Je suis toujours un peu angoissé, avant d'aller à un concert.
Allez savoir pourquoi?
Bon, St Martin de Crau, ce n'était pas la porte à côté, mais depuis que j'habite de nouveau dans le sud de la France depuis le mois d'octobre, c'était peut-être pour moi la destination où elle passait, la plus proche de mon domicile.
Alors j'ai sauté sur l'occasion.
J'ai d'abord dû lutter pour trouver un hôtel, d'autant plus que c'était à ce moment-là la Feria d'Arles.
Tout était complet.
Je me lance quand même le jour J, en pensant que j'allais dormir assez loin de là où se déroulait le concert.
Mais on connaît l'adage: quand on aime...
Le jour J, justement, ça se déroule bien, je rappelle les hôtels de St Martin et j'ai la bonne surprise de découvrir que l'un d'entre eux, pas très loin de la salle de concert, a un désistement. Je pourrai donc dormir ce soir pas trop loin du concert, je n'aurai pas besoin de faire deux ou trois kilomètres à pied pour rentrer cette nuit.
Attente. Impatience. Comme toujours dans les concerts.
Il y a du monde. A côté de moi, des gamines. Au départ, je me dis, bon, suis-je à ma place? Oui, puisque j'aime. Mais derrière, tout public. Bon augure. Et puis la communion ne nous lâchera plus, en fait. Communion et harmonie du public qui de toutes façons ne cessera de grandir au fur et à mesure du spectacle.
Et Elodie apparaît dans un jeu d'ombre et de lumière. Sublime, déjà émouvante avant même d'avoir prononcé son premier mot.
Elle apparaît comme elle me semblait être, tantôt tendre, toujours délicate, A FLEUR DE SENS, parfois au bord du précipice émotionnel, A FLEUR DE SANG, sans jamais y tomber. Elle s'amuse, chante, nous livre ses sentiments, toujours en douceur, en voiles, elle est toujours charmante, car naturelle, émue, elle doute peut-être un peu d'elle-même, on le sent, mais ça ajoute au charme de cette soirée toute en pudeur, parfois un peu plus abrupte, coquine même à certains moments, mais toujours esquissée, jamais déguisée, jamais insolente, jamais déprimante, des harmonies, des volutes de sensations, émotions, des confidences douces, des messages plus crus, plus acerbes, des jeux de couleurs, et une femme naturellement Elle, naturellement Grande, révélée à elle-même, faite pour la chanson, pour la musique, pour les mots, pour se livrer en douceur et en profonde délicatesse.
"Pourtant... ma vie reste si douce..." est une plainte superbe et lancinante qui reste longtemps gravée dans les coeurs, dans les mémoires, on sent le sang, la souffrance, le bord du gouffre, et puis non, on n'y glisse pas, on sent des sensations fortes, déjà vécues, troublantes, celles que l'on ne parvient jamais à décrire tout à fait et Elle, Elle sait si parfaitement les décrire, sans jamais tomber dans le chaos, elle sait si bien illustrer ce sentiment, je sens les portes de ce gouffre, je sens ce sentiment tant de fois vécu et pourtant c'est vrai, c'est incroyable LA VIE RESTE TELLEMENT DOUCE.
Si délicieusement douce.
Elodie éclate et s'éclate. Aussi. Elle nous livre une magistrale interprétation des "bêtises" de Sabine Paturel. Coquine et croquante, elle sait donner sur plusieurs tableaux. On s'amuse avec elle, elle donne de plus en plus d'hardiesse, le public en redemande, il montre son goût, sa passion, son enthousiasme.
Elodie sait être profondément rock aussi avec son coup de tonnerre "Fais moi mal... Johnny!" et la foule est presque en délire.
Et elle sait toujours et encore être si intimiste. On le voit de nouveau avec sa superbe reprise de Claude François (Dieu sait pourtant combien je ne l'aime pas, celui-ci!) "Miss Felicity Gray". Un grand moment. Magnifique.
Intense moment aussi à la fin, Elodie est acclamée, elle revient sur scène, elle repart et c'est la tristesse. Emotion. Mais impatience du public de venir lui dire son enthousiasme, lui dire qu'il l'aime et qu'il l'adore, qu'elle ne doit pas changer, qu'elle sait tout donner, sans jamais frôler l'indécence, elle est toujours en retenue, sensuelle, un peu coquine parfois, un brin provocante, parfois un peu mélancolique, et toujours tellement charmante, tellement naturelle, faite pour la scène où elle se révèle elle-même, oui Elodie je le sais maintenant est aussi belle derrière le CD que devant la scène et ses petites timidités, ses petits doutes , ses toutes petites pseudo-imperfections ajoutent à son charme, à son charisme, à sa gentillesse, à son don d'elle-même.
Nous avons hâte de la rencontrer.
Viendra t-elle à nous?
Ne viendra t-elle pas?
Et finalement elle apparaît. Elle semble si heureuse, elle affiche un large sourire qui ne la quitte plus, elle semble envolée.
Elle est lumineuse, elle rayonne.
Je n'oublie pas ces quelques mots que j'ai pu lui glisser, comme un profond merci de m'avoir tant donné ces derniers mois à l'écoute de son superbe album, merci pour ce magnifique concert.
Grande émotion aussi pour moi quand je lui donne humblement mon petit recueil de textes. Je suis un peu maladroit, mais je sais qu'elle aime les lettres, la poésie. Mon recueil est sombre, noir, mais j'espère toujours tellement donner un ou deux mots qui touchent un petit peu. Et puis il y a ce poème à un grand ami à elle, dedans. Alors, j'ose... Et puis c'est surtout ma façon de lui dire, lui crier, lui chanter (ce que je ne sais pas faire!) MERCI pour ces onctueux moments qu'elle m'a donnés, sa musique, sa passion, la délivrance de ses chansons.
C'est surtout ma façon de lui souffler un grand merci pour une grande artiste, une merveilleuse étoile que plus je découvre et plus j'apprécie...
16:50 Publié dans Foudroyé | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : musique, écriture, poésie, émotion
21.02.2007
Troublante Tori...
J'ai tamisé la lumière. J'ai mis à brûler une tige d'encens que j'avais ramené d'Inde, j'ai rendu la nuit à la nuit, atmosphère envoûtante et quelque peu dangereuse pourtant, triste, floue, danse, errance...
J'ai voulu ce soir parler d'elle.
Elle joue sur son piano.
Elle joue sur son autre piano.
Elle joue parfois sur ses deux pianos, en même temps, comme écartelée entre les deux, la tête penche, la tête vacille, la tête se redresse, la tête se jette en arrière, la tête tourne à droite, à gauche, c'est la seule danse que je vois sur cette scène étrange et bizarre, la danse de la tête, et celle aussi de la voix.
La voix est comme la tête, elle prend des intonnations particulières, elle s'élève, rechute, vacille, telle une flamme délicate, une flamme troublante, une flamme qui hurle parfois.
Elle semble parfois connaître les bords de la folie, celle de l'âme, celle du coeur, elle connaît les falaises, les affres de la souffrance, les beautés, les poisons, elle frôle parfois l'hystérie, la transe, elle semble ne plus s'appartenir quelquefois, elle va jusqu'à l'extase, souvent, elle donne des frissons, hante, émerveille, traverse, dirige, achève, frôle les contours des non-sens de l'existence...
Elle est absente et présente, floue et viscérale, vibrante, triste, joyeuse, émotive, déchirante, coquine, fée, et j'en passe.
J'en passe, car la nuit s'avance.
La nuit continue.
Et il va falloir que mes paupières tombent.
Parce que je le sens, elles commencent à décliner.
Trop de flammes, de flou, de voiles, de pourpre, de mots, d'écriture, d'émotion, de musique, de vie.
Trop de griseries.
Mais chut, chuuuut!...
Je me tais. Je m'en vais. A pas de velours, vers le lit...
Je vous souhaite une nuit étoilée et un brin magique.
Danse et danse encore dans ma tête qui se fait un voile plus lourde, ces frissons, ces émois, ces parfums, ces saveurs, ces couleurs, ces noirs aussi, tout se mélange, il est temps...
Il est temps de remettre le voile sur cette journée...
Il est temps d'attendre et de cueillir une nouvelle journée...
Il est temps de laisser les bougies s'éteindre un peu dans la pièce, mais pas tout à fait dans le coeur...
Sans doute, ma chanson préférée de la bouleversante, poignante et déchirante Tori Amos: "black dove", d'où j'avais tiré mon poème "colombe noire"...
Et en version live:
L'incroyable version de "Smells like teen spirit" de Nirvana, par Tori:
Winter:
Bon, et une petite dernière pour démarrer cette nuit en beauté, en voiles et aussi en émotion: "siren" en live, l'une de mes préférées aussi... mais je pourrais en citer des tas et des tas, "mother", "china", etc, etc...
Belle nuit @ tous...
Pour ceux et celles qui ont beaucoup aimé, je ne résiste pas à rajouter le lien pour écouter la fameuse "China", dont j'ai parlé un peu plus haut...
Je ne trouve en revanche aucune écoute entière du titre "Mother" longue plainte onirique de près de sept minutes, sur internet, cette chanson me bouleverse.
Comme disent beaucoup de critiques musicaux, une voix dont on "ne sort pas indemne".
Bises.
Ecouter "China" ("I can feel the distance...)
Récit d'un internaute sur le concert du 13 juin 2005 au Zénith de Paris.
(seul bémol au commentaire, je le trouve dur envers Prince, et d'ailleurs l'interprétation de "Purple Rain" par Tori Amos est sublime).
01:40 Publié dans Foudroyé | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : musique
18.02.2007
Il pleut sur les pavés gris de Paris...
Et hop...
On change de style...
J'aime les choses variées, les personnalités diverses, les voyages en tous styles...
Après un voyage musical tout en sensualité, en douceur et en sensibilité, avec la superbe Justyna, j'ai envie de chuchoter, de crier un autre coup de coeur...
Maktav...
Je surfais et surfais sur la magie de la vague "myspace"... mouais... un peu trop compliqué pour moi pour le moment lol... déjà, avec comlive, j'en étais à mon premier coup de patte sur un forum internet (fin 2003)... hum... pi je me décide (seulement fin 2006) à ouvrir laborieusement ce blog... alors doucement pour moi, doucement pour ma légendaire nullité en informatique, doucement pour mon pti coeur qui ne saurait contenir toutes ces émotions à la fois... mais je dois avouer que l'on découvre des merveilles sur cette vaste toile... et myspace permet indéniablement de découvrir des artistes, des griffes, des gueules, des coups de foudre...
Maktav. J'adore. J'adore en tout cas ce que j'ai écouté.
Et tout particulièrement "La rue".
Mais bon, la belle Olivia n'a jamais eu mauvais goût, de toutes façons mdr!!
Je vous laisse tendre l'oreille vers ce jeune artiste, qui assurément envoie bien!
A tous les sens du terme.
Génial!
http://www.myspace.com/maktav
Bises à tous, et clin d'oeil à Marie, je crois que tu vas aimer ça!
Merci à tous pour vos ptis messages...
Gros bisous... et du bleu, comme j'aime à dire!
A tout bientôt.
O.
21:55 Publié dans Foudroyé | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : musique, rue, politique, voyage, tzigane
16.02.2007
Emouvante JUSTYNA STECZKOWSKA...
Lors de mon voyage en Pologne, au printemps 2005, un de mes ex qui est parti vivre là-bas, Laurent, m'avait fait découvrir la bouleversante chanteuse Justyna STECZKOWSKA...
J'ai envie de parler d'elle cette nuit, je ne sais pas pourquoi... peut-être parce que cette atmosphère envoûtante me colle à la peau aujourd'hui, ce soir, cette nuit... une voix incroyable... une émotion qui parcourt le corps tout en frissons...
Son album "Alkimja" est une pure merveille.
Cet album, aux sonorités orientales est somptueux, mêlant le rythme et les plaintes, la danse et les mélopées, la brume et l'engouement, le mystère et la vie...
Voir aussi le lien ci-dessous, que j'ai trouvé sur la toile, un lien très intéressant et où l'on peut écouter également quelques extraits des chansons de Justyna:
http://s.bojoly.free.fr/Steczkowska.html
Ci-dessous, je vous propose un extrait de la première chanson de cet incroyable album: "Swit! Swit" (aube, aube), en live:
Mais, par-dessus tout, c'est cette chanson qui m'émeut le plus ("Genesis"), j'ai eu beaucoup de mal à en trouver un extrait...
01:55 Publié dans Foudroyé | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : musique
11.02.2007
Surprenant, osé, mais intéressant...
INSTANT MAG2 (Numéro spécial Madonna):
INTERVIEW EXCLUSIVE DE OLIVIER SECARDIN.
L'universitaire, auteur de plusieurs travaux sur Madonna, livre une analyse percutante et absolument passionnante sur le mythe et ses métamorphoses...
Et sans langue de bois!

Vous êtes doctorant en littérature comparée et vous avez consacré plusieurs de vos travaux à Madonna...
C'est exact. J'ai commencé mes recherches en 2000, au sein de l'école doctorale de littérature comparée de la Sorbonne. Depuis lors, mon mémoire de maîtrise, "Figures de l'hybridité ou pour une sémanalyse de l'entre-deux. Diderot. Mallarmé. Madonna." s'est métamorphosé en DEA puis en Doctorat qui a donné lieu à des articles et à des conférences, en France et à l'étranger, au Canada, en Espagne, en Australie, à New York...
Depuis le début des années 90, de nombreux séminaires labellisés cultural studies ont été inaugurés Outre-Atlantique, le premier à l'Université du Colorado puis à Havard et à Chicago, mais rien en France n'avait été mené de comparable.
Son écriture est-elle donc un sujet d'étude, au même titre que celles de Diderot et de Mallarmé?
Pourquoi pas? Mais à condition de ne pas les confondre. Une théorie critique, pour être critique, doit savoir faire la part des choses. Le préjugé qui écarte la pop culture sous un prétexte ou un autre ne vaut pas mieux que celui qui s'occupe de tout confondre. L'un comme l'autre mènent droit à l'inculture. Myopie d'époque. Paresse qui est une autre manière de ne pas penser.
Une chanson n'est pas un poème et Diderot ne vaut pas Mallarmé qui ne vaut pas Madonna.
Quand bien même une chanson serait poétique, elle ne serait pas un poème.
Il y a une spécificité en toute chose.
Or, c'est précisément cette identité qui permet de penser ensemble une solidarité et une évaluation.
Quelle est la réaction de votre auditoire quand vous placez Madonna sur le même plan que des auteurs majeurs de la littérature?
C'est une aventure à chaque fois.
Le grand public est très enthousiaste, mais en milieu universitaire, je ne peux jamais présumer de l'accueil.
J'ai tout rencontré, des désapprobations bruyantes aux enthousiasmes appuyés.
Chaque fois que l'on fait entrer un nouvel objet d'étude dans le blockhaus universitaire, il faut s'attendre à quelques crispations.
Du moins, j'ai la chance de travailler avec un directeur de thèse, Pierre Brunel, qui a toujours su m'accorder une liberté confiante. Lui-même s'était intéressé à Madonna à l'occasion de l'édition de son Dictionnaire des mythes d'aujourd'hui (Editions du Rocher, 1999). Malheureusement, d'autres sont plus (ou moins) réservés et l'anathème se fait toujours au nom d'une pseudo-orthodoxie littéraire.
Théorie au rabais.
Ces gens ont peur.
Parce que s'extraire des préjugés demande un effort particulier.
Parce que étudier Madonna est un défi auquel la critique littéraire ne peut répondre sans sortir de son propre domaine.
Les nostalgiques du canon et les typologistes de la valeur sont dérisoires. Leur moralité est très peu risquée.
Qu'importe.
Je prends tout ça avec humour.
Un jour, ils feront rire.
Vous connaissez le dicton populaire: "les chiens aboient, la caravane passe".
Rapprocher la littérature de l'art, de la culture et du monde est une exigence que le Bureau de l'Accadémie ne peut pas administrer.
Comment avez-vous été amené à vous intéresser à Madonna?
Sans hésitation, le vidéo-clip de "Frozen", réalisé par Chris Cunningham en 1998.
A cette époque, je travaillais sur le mythe de la métamorphose.
Il y a généralement deux types de métamorphoses: la métamorphose passive qui est châtiment, malédiction, dégradation - c'est le courroux infligé à l'homme qui a fauté, qu'il soit Lucius ou Grégor Samsa, le héros angoissé de Kafka - et la métamorphose active qui est signe de transcendance, renouvellement, liberté.
Dans la mythologie grecque, ce sont généralement les ruses de Zeus qui se métamorphose en taureau ou en pluie d'or au besoin.
La métamorphose donne ainsi congè à la mort et permet à l'homme de se donner à lui-même sa propre forme.
C'est une seconde métamorphose qui est mise en scène dans "Frozen".
Le corps, élément technique de la performance, devient un résidu, l'effritement de toute substance fixe.
"Frozen" détaille le travail de la métamorphose: le passage d'une forme à une autre.
J'ai eu l'intuition que cette métamorphose, singulière dans "Frozen", figurait le fonctionnement général de Madonna.
Après il faut comprendre comment se fait le passage d'une forme à une autre qui est aussi la condition du spectacle.
Comment s'opère cette métamorphose?
Chez Madonna, il s'agit toujours de faire comme si, personnage après personnage.
Like a vigin, like a prayer...
Il suffit d'être suffisamment crédible pour que le spectacle puisse se déployer tout en aménageant un intervalle tenu d'ironie qui rappelle qu'il n'y a pas d'identité qui ne soit feinte.
Le spectacle de Madonna, c'est ce jeu de rôles.
Une collection de fantasmes.
La mise à mort d'un personnage engage une nouvelle construction et ainsi de suite.
D'où cette récurrence maniaque des rituels sacrificiels, des dramaturgies du suicide, des liturgies de l'extase.
Pêle-mêle: "Like a prayer", "Oh Father", "Bad Girl", "Fever", "Bedtime Story", "Frozen", "Ray of light", "The Power of Goodbye", "What it feels like for a girl", "Die another Day"... et cette chanson qu'on peut comprendre de façon la plus littérale possible: "I've so many lives/ Since I was a child/ And I realise/ How many times I've died".
Donc, au lieu de délivrer des sens, la dépense des personnages embraye toujours un signifiant à venir.
Façon de relancer le cycle des métamorphoses.
Quand on pense à Madonna, on pense d'abord à l'image: ses looks, ses vidéo-clips, ses concerts. Son rapport si partuculier à l'image n'éclipse t-il pas son texte, justement?
Non. Je ne vois pas d'antagonisme entre le texte et l'image.
D'ailleurs la manière dont on fait de la musique s'apparente de plus en plus à celle dont on fait un film: tout comme on monte la bande sonore, on peut composer avec des images.
Madonna est une artiste pop.
Or, la force de l'esthétique pop, c'est de pouvoir tout transformer en image ou, du moins, de prendre acte de la transformation de n'importe quoi en image.
Comme les boîtes de soupe Campbell de Warhol, ou comme le clip "Music" réalisé par Jonas Akerlund (2000): l'image commence avant la musique, la musique avant le texte.
Le sas d'entrée du texte, c'est une sorte d'iconotexte: "Music" qui n'indique rien d'autre que le titre de la chanson qui donne le titre de l'album et sa forme; une image-mot qui indique non un contenu, ou alors un contenu général, mais une expression artistique: la musique.
Un texte peut être visible et aider à lire une image, une image peut être lisible et peut aider à voir un texte.
Et pourtant, une performance de Madonna peut être autant un "concert à voir" qu'un "spectacle à entendre".
Madonna, c'est de l'esthétique iconophile.
C'est du pop art tardif réalisé dans le star system.
C'est l'Amérique.
C'est Hollywood - ce titre de l'une de ses chansons - cette capitale du cinéma qui fait tant rêver Madonna et dont les neuf lettres plantées sur le Mount Lee semblent réaliser une équivalence du mot et de l'image.
A partir de quel moment, selon vous, Madonna s'est-elle imposée comme une "bête de scène"?
Je crois que pour beaucoup de fans, le Blond Ambition Tour marque un tournant décisif dans sa carrière.
D'autant que le DVD n'a jamais été commercialisé, ce qui a sans doute contribué à cette aura mythique de tournée d'exception.
Il ne reste que le documentaire au parfum de scandale, In bed with Madonna.
Être une bête de scène implique généralement deux choses: que le rapport à la scène soit un don de soi - se dépenser sans compter - et son refus.
Un excès.
Un déficit.
Alors même qu'il faut tout faire pour prouver le contraire.
Il y a cette citation extraordinaire de Madonna que Karl Lagerfeld a notée dans son petit livre consacré à la Star:
"What's the chief occupational hazard of being a pop star?
Having people assume that whatever image you project is exactly who you are, and there's nothing more and nothing less."
Trouver l'équilibre de ces forces, c'est ça la vraie performance.
C'est ce que j'appelle la Passion Pop.
Avez-vous une préférence pour l'un de ses concerts?
J'aime beaucoup le Re-Invention Tour que j'ai vu à Madison Square Garden, le jour où elle a salué Michael Moore.
Mais j'aime beaucoup aussi l'univers plus sombre et plus poétique du Drowned World Tour.
Les références y sont plus nombreuses, comme l'univers futuriste de l'écrivain anglais James Graham Ballard, qui fut dans les années 60, l'un des chefs de file de la nouvelle vague SF britannique (son roman Drowned Worldest publié en 1962) ou la danse japonaise du butô, née dans l'undergroundtokyoïte des années 60, nourrie des avant-gardes européennes et d'une culture japonaise plus ancienne.
Madonna rejoue en particulier une performance de la troupe du Sankai Juku, Jômôn Shô, dans laquelle les danseurs descendaient sur scène accrochés par les chevilles.
Cette façon de s'approprier les cultures, la culture des élites, comme la culture populaire, sans présumer d'une quelconque hiérarchie entre elles, c'est ce que certains appellent l'esthétique post-moderne.
C'est une attitude ambivalente.
D'un côté, il n'y a pas de parodie de la parodie, ni de plagiat qui ne vont sans cynisme.
De l'autre, on y trouve une forme de générosité que Madonna elle-même revendique quand elle assigne à la pop culture le rôle d'exposer les oeuvres d'art au grand public.
Le Re-Invention Tour fut bien moins intime, plus marqué politiquement. Trouvez-vous Madonna légitime dans ce rôle?
Moins intime que le Drowned World Tour, c'est vrai.
Mais le documentaire équilibre ce déficit.
Et puis, l'intime, chez Madonna, n'est jamais qu'une mise en scène.
Qui pourrait dire qui elle est?
Hypermédiatique et anonyme.
C'est un paradoxe.
A l'image de l'épiphanie avortée de Mer Girl ( "I ran and I ran, I'm still running away"), "Madonna" promet d'éclore à chaque mise à jour de la production.
Mais la révélation n'a jamais lieu.
I'm going to tell you a secret, même traduit en français par Lourdes, est un titre emblématique parce que le secret, étymologiquement ce qui est à l'écart, c'est précisément Madonna.
Quant à ses convictions politiques, tout le monde sait depuis longtemps que Madonna n'est pas républicaine.
Pourquoi ne serait-elle pas légitime?
Je crois que c'est George Michael qui reprochait à Madonna de n'être pas politique.
Je ne suis pas sûr de comprendre ce qu'il voulait dire mais les engagements de Madonna sont de longue date.
Après, il y a une question qu'il faudrait étudier de près, qui touche au principe même du jeu de rôles, c'est la relation particulière qu'entretient l'éthique avec l'esthétique, le message avec le spectacle.
Avez-vous votre billet pour le Confessions Tour?
Oui, absolument.
2006. (INSTANT-MAG 2 spécial... MADONNA, 20 ANS DE SHOWS SPECTACULAIRES ET PLANETAIRES).
03:10 Publié dans Foudroyé | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : musique, art, culture, identité, actualité




















































