14.02.2007

En ligne cette semaine la première partie (et la suite de)"OM".

Je ne sais pas exactement comment commencer ce récit. Ni comment exactement l’appeler. Sera-ce un récit, ou bien un roman à proprement parler ? Je ne sais pas, je ne sais pas comment qualifier ceci. Je sais juste qu’il y aura un il et il y aura un je. Je sais qu’il faut que je parle. Il faut que je l’ouvre. Une fois de plus, une fois pour toutes.
Je suis insatisfait. Eternellement insatisfait.
Trop de choses se sont écoulées ces derniers temps, ces dernières années.
Les années ont-elles raison de passer aussi vite ?
Je ne sais même pas s’il y aura des chapitres, ou si ce sera, comme moi, un peu bordélique…
Devez-vous me prendre comme je suis, ou dois-je faire des efforts pour mon public ?
Le public se fout-il tout simplement de ce que je raconte, ou se retrouvera t-il un peu dans ce que je dis ? Y aura t-il un moyen d’exorciser des peurs dans tout ce foutoir ?
Ai-je juste seulement envie de pousser une bonne gueulante ?
‘ I don’t know’, comme dirait l’une de mes chanteuses préférées, une femme fascinante, dont les chants coulent comme des rivières, comme je lui avais dit dans un poème lors de notre seule rencontre.
I really don’t know.
Comment pourrais-je seulement oublier ma peine ? Comment puis-je construire quelque chose, je veux dire quelque chose de concret, de moins fluide, de moins fugace, que le vent qui m’obsède et obsède ces jours incertains ?
Je ne voudrais pas mentir, je ne voudrais plus mentir. Même si cela doit blesser, et pourtant ne plus mentir ne devrait jamais pouvoir blesser quelqu’un. Car ceux dont je vais parler ne doivent pas se sentir offensés - je les aime - et ce que je vais dire n’a rien d’offensant, pour qui que ce soit, c’est juste une histoire, une vie, une passion. Et comme toutes les passions, les vies et les histoires, il y a de belles choses et il y en a de moins belles. Il y a des choses qui sont merveilleuses à entendre et d’autres un peu plus crues ; il faut arrêter avec le roman romancé, les paroles atténuées, le style poétisé et ampoulé, il faut parler cru, il faut dire ce qu’on ressent, comme on le ressent. Je ne sais pas encore où ça mènera, et pourtant c’est presque un besoin viscéral, une attente profonde, un dénouement de quelque chose, la création d’une autre.
Encore une fois, qu’avez-vous à voir là dedans ?
Partager un secret, une passion, chercher des réponses, suivre un fil de vie, juste lire un bout, ou alors s’emmerder. Les premiers mots seront décisifs. Il n’y a pas de forcing ; je ne cherche pas à faire de l’audimat, je ne cherche pas (beaucoup) à séduire cette fois-ci - car même si j’ai souvent dit ne pas
avoir envie de séduire, peut-être qu’avec le recul j’ai compris que plus récemment, ce n’était pas forcément le cas…- , j’ai juste envie de faire le point,

et aussi donner enfin un peu de franchise à ceux qui voudront bien me suivre, ou juste me découvrir un peu.
C’est un cri aussi, quelque part. Un help ! Dans ce monde un peu désordonné, où l’on est tous les jours bousculés, remis en question, fatigués; il existe pourtant toujours des oiseaux qui chantent, et il y a toujours une eau qui coule…

Je suis à la recherche de mon Om…A tous ceux qui croient en les étoiles,
A tous ceux qui ont cru en ma petite étoile,
Et à tous ceux, qui de près ou de loin, m'ont apporté vagues de constellations, ou étoiles filantes au fil des vents, au fil des ans...


UN APRES-MIDI A VILLEFRANCHE…

Villefranche est calme; les seuls bruits que l’on entend, sont ceux des enfants qui jouent, du coucou qui chante, et de l’eau qui coule…
C’est un vrai bonheur…
Derrière les façades ocres ou rouges des maisons, on entraperçoit une langue de paysage rocailleux et parsemé d’essences méditerranéennes et de cactus, avec toujours en toile de fond le bleu du ciel, un peu plus clair que le bleu profond de la mer et ses voiliers…
Derrière les arcades gothiques de la vieille ville, on plonge délicieusement dans l’atmosphère des ruelles, odorantes à souhait et bordées de maisons enchanteresses…
La Citadelle est belle…
Toujours aussi calme, parfumée de mille senteurs fleuries et acidulées, c’est un vrai jour de printemps.
La Fondation Goetz offre de multiples toiles surréalistes, figuratives ou abstraites, alors que le Musée Volti, lui, nous permet d’évoluer, entre les souterrains des remparts et le plein air, à travers le monde résolument sensuel et courbe du sculpteur italien né de parents installés là bien longtemps avant sa naissance et celle de son frère.
C’est comme si la beauté féminine des sculptures de Volti, et le thème de la fécondité qui en découle irrémédiablement se fondaient avec la beauté du site, le bleu lui aussi fécond de l’imagination et le bleu fertile des rêves.
L’exposition en plein air de Philip *** est une merveille aussi.
Là encore, le bleu des paysages irlandais se dresse majestueusement le long des remparts, quelques pieds au-dessus du bleu magistral de notre Mère Méditerranée.
Ce n’est jamais le même bleu, certes, et pourtant la Mer en Irlande est la même que chez nous, universelle, elle ne se laisse approcher que mystiquement et timidement, et ne laisse découvrir ses mille facettes de bleus différents qu’aux yeux entêtés et avides de nouveaux mondes…
Le bleu de l’Irlande ainsi est curieusement tout aussi beau et féerique que notre bleu, il est seulement différent, parfois très intense et profond aussi, il reste ancré et indélébile dans le souvenir d’une balade, une fugue devrais-je dire, un après-midi à Villefranche…


Chapitre 1. Un après-midi à Villefranche… Texte écrit à Villefranche-sur-mer le 17 avril 2003, recopié pour ce travail le mercredi 7 mai 2003 à 5H et quelques… à Nice.
*PAGE TROIS.

OM...

*Om: "C'est le présent, le passé et le futur. C'est, dit Mândûkya-Upanishad, le monde entier dans une syllabe, et c'est même encore ce qui peut exister en dehors de ces trois temps.Ce mot se décompose en plusieurs parties formant plusieurs sons AUM, le point qui marque la nasale M (anusvâra) et la résonnance (Nâdra). Ces sons symboliseraient les êtres et les choses les plus divers: les heures du jour, les Védas, les trois dieux, Brahma, Vishnu, Shiva, etc."
Hermann HESSE dans "Siddhartha".
Parole de méditation, qui s'énonce comme un son prolongé, à l'ouverture d'une phase et d'un espace (infini) de méditation, et au moment de rentrer au plus profond de soi; dit que l'on est prêt à s'ouvrir devant l'immensité du ciel et l'immatérialité des choses qui nous entourent, aussi bien que devant l'immensité et la profondeur de soi. Il y a une idée d'unité, où toute chose se mélange, se confond, dans le "Om".

Homme: individu de sexe masculin.
Ma torture, ma recherche, ma passion, ma vie.
Quelquefois, mais quelquefois seulement je lui donne la définition de Prince, Celui que je recherche...
Mais je les aime beaucoup, assurément.
(définition de l'auteur, on l'avait compris!)

Home: "maison", en anglais.
Endroit où l'on se sent chez soi.
Toit, protection, endroit chargé de bien être.
(définition de l'auteur!)

ohm: "unité de mesure de résistance électrique"
(définition du Petit Robert).

Heaume: "grand casque enveloppant toute la tête et le visage, que portaient les hommes d'armes au Moyen Âge".
(définition du Petit Robert).
Nul doute qu'un tel casque puisse être utile lorsque l'on a besoin de se sentir protégé, à l'abri.
Je devrais en porter un sur ma tête, quelquefois.
Je suis celui qui ne se protège jamais assez, celui que la passion dévore.
Je suis celui qui aimerais bien se protéger un peu quelquefois, celui qui a tant besoin d'être rassuré.
Je suis un paradoxe, mais pas si paradoxal, peut-être...
A vous d'en juger...
Je suis celui...

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14.12.2006

La contrebasse rouge (7)

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Munch: "le cri".







Je suis arrivé à Nice ce matin de septembre, un peu anxieux, un peu inquiet, et surtout je ne m'attendais pas à ce qui allait arriver maintenant.
Je parle avec la première personne, à présent.
Je suis moi. Je suis Olivier. Fini le David. J'assume, à présent. J'assume, il le faut.
C'est probablement le chapitre le plus lourd à écrire, le plus lourd de sens, le plus violent et le plus obscur de toute ma vie.
Je m'excuse auparavant auprès de mon lecteur, l'émotion est très forte, il pourra y avoir des moments où je me laisse submerger par elle. Depuis bientôt deux ans, je sais que tôt ou tard, ce livre va parler de cette aventure. De l'aventure...
Celle qui m'a donné une sorte de mort, celle qui a coupé définitivement l'herbe de la jeunesse, l'herbe encore un peu verte, un peu folle de ces années inconscientes, fermées, baignées de tant de solitude et de douleur, mais protégées par tellement de couvercles en définitive, de masques, de bienveillance aussi, ne soyons pas injuste.
L'hypokhâgne.
Celle qui allait me changer à vie.
Plus rien n'est pareil depuis, et rien ne sera jamais plus pareil.
Je suis mort, quelque part, et une nouvelle vie m'a été donnée depuis.
Mais quelque chose en moi est mort.
Une sorte d'innocence, d'espoir déchu, de bonhomie.
L'hypokhâgne m'a donné une expérience plus intime encore, plus personnelle encore avec la mort, étrange et contrebasse.
Elle est ma folie, mon abjecte folie.
Mais elle est aussi ma survie, ma re-vie, ma re-naissance.
Exit le David.
J'entre en scène.
J'avertis aussi par la même occasion mon lecteur (et mon éditeur) que ce n'est pas une erreur de ma part; il s'agit bien là de mon chapitre 29. Souci d'originalité de ce livre, j'ai décousu certains passages, cousu au contraire très intimement d'autres passages, je souhaite qu'il y ait une fin dans un certain bonheur, dans un certain espoir, dans un certain enthousiasme, un certain éloge de la beauté et des gens que j'aime, grâce à qui je suis encore là. Mais je souhaite aussi que quelque part, mon livre se termine avec ce chapitre. C'est ce chapitre qui est. D'où ce fameux chapitre 29. C'est ce chapitre qui est le plus moi, le plus fort, le plus faible, le plus terrible, celui que j'ai le plus longtemps repoussé et attendu en même temps.
Je vais me libérer.
Je vais passer à autre chose, une fois pour toutes.
Mais une fois pour toutes, je serai toujours quelque part celui qui porte la blessure, la fatidique blessure.
Je préviens mon gentil et patient lecteur que ce passage ne va pas être facile.
Pas être facile à lire. Pas être facile à écrire.
*PAGE DEUX CENT DIX-SEPT.
Je pleurerai beaucoup et il déchirera.
Je me lance.
Il faut que ça sorte. Il faut que ça sorte.
Ecrire est aussi un exutoire.
Mais il n'y a pas de complaisance. Il n'y a plus de complaisance.
Je ne dirai rien que la vérité, je vous le jure, il n'y aura pas d'effet de style, pas de doutes, pas de transigeance.
C'est moi, à l'état brut, à l'état abrupt, pardonnez-moi je suis comme ça.
Si vous ne voulez pas lire ce passage, rendez-vous au chapitre suivant. Il est plus accessible.

J'entre en hypokhâgne comme on entre au couvent, comme on entre dans une prison.
Du reste, tout ressemble à une prison.
Les allures des gens qui m'entourent jouent les rassurées, mais je sens bien qu'au fond, personne n'est rassuré, personne ne sait ce qui nous attend, personne ne sait encore consciemment qu'on en sortira pas indemne, on fait une tête comme quand on part à la guerre, dans l'espoir de revenir vite, dans quinze jours, victorieux, forts et la tête haute.
On n'en reviendra pas avant de longues années, et encore, certains n'en reviendront jamais tout à fait vraiment, et on ne reviendra que la tête courbée, sérieusement amochée.

Ce qui me rassure, c'est qu'il y a Guillaume, un mec de ma classe de terminale, qui est sympa, je ne suis pas très proche de lui, mais je suis content qu'il soit là.
Jamais très loin, bien sûr, il y a Marjorie, avec qui les rapports se sont nettement améliorés depuis l'été.
Et il y a le beau Raphaël.

Je fais connaissance avec l'internat.
Pas de doute. C'est une prison.
Mais ce mois de septembre, je vais le passer à tester cet environnement, à jouer les mecs détachés. L'ambiance n'est pas trop mauvaise, ça va encore.
Les étudiants sont plutôt intéressants.
Je rentre encore de temps en temps chez mes grands-parents, ou chez mon père.
Les rapports avec mon père sont mi-figue, mi-raisin, j'ai du mal à supporter sa sévérité et je ne vis plus beaucoup chez lui et son autorité, puisqu'en terminale déjà, j'habitais chez mes grands-parents en raison de notre déménagement (j'en veux beaucoup à mon père d'avoir acheté cette maison dans l'arrière-pays qui fait que nous n'avons jamais d'argent et que même réclamer l'achat d'un livre exaspère mon père, plus tard il y a même des livres que je n'aurai pas à cause de ces crises qui suivent et m'insupportent lorsqu'il s'agit de demander de l'argent pour les études - ou pour n'importe quoi d'autre).
Mon père voulait toujours que je fasse des études, mais sans jamais débourser le moindre centime...
La nuit, vu qu'il ne me laisse jamais sortir, je fais venir Violaine et je m'échappe de temps en temps. Personne ne s'en rend compte.
Violaine justement n'est pas trop dans la scène, ce mois de septembre. Elle redouble sa terminale. Elle s'en veut terriblement d'avoir raté son bac, cela a porté un coup fatal en sa confiance en elle, qui était déjà plutôt basse et elle m'en veut indirectement d'être rentré dans une classe préparatoire aux grandes écoles.
Nom pompeux, comme tout le reste!
Je m'en serais bien passé, ça, ma douce, de rentrer dans ce gourbi!
C'est juste pour faire plaisir à mon père, une fois de plus, ou du moins, ne pas trop le décevoir, après l'echec subi en terminale, lorsque j'ai abandonné les études scientifiques.
Pour mon père, il n'y a que ça de vrai, les sciences.
Il faut dire, il a fait un bac littéraire et s'en est mordu les doigts ensuite, lorsqu'il a bifurqué vers un travail plutôt scientifique.
Tiens donc, je prends la défense de mon père, je pense que je suis presque guéri, avec toutes ces années qui passent.
Mais par pitié, parents, si vous lisez ces lignes, faites donc attention à ce que veulent vraiment vos progénitures.
Est-ce vraiment la peine de nous mettre au monde pour nous empêcher ensuite de faire ce qui nous plaît, ce qu'on a dans les veines, à quoi bon nous donner si c'est pour nous reprocher ensuite de ne pas faire ce que vous voulez, quand on change malencontreusement de voie? En gros, je te donne mon petit, mais surtout prends garde de bien faire ce que je veux de toi.
J'appelle pas ça donner.
On aime ou on aime pas.
On accepte les gens comme ils sont.
A quoi ça sert, autrement?...
Oui, je sais, c'est pas si facile.
Oui, mais...
Qu'est-ce qui est le mieux?
Et le bonheur, ça ne compte pas?
Mais surtout, le malheur, le malheur, c'est juste, tout ça? C'est vraiment juste?...
Moi, j'ai fait hypokhâgne, parce que je ne voulais pas achever mon père, qui pensait que si j'allais à la fac, j'étais perdu.
Je l'ai fait parce qu'il avait déjà souffert que son fils n'entre pas dans une école scientifique, alors il fallait encore sauver les apparences, et faire quelque chose d'à-peu-près glamour, quelque chose dont on puisse être fier.
Mais on devrait toujours être fier de son fils, même s'il est un artiste.
Je ne ferai aucune concession ce soir, après tout ma souffrance, je l'ai étouffée tant de fois aux yeux de certains, je l'ai cachée, malmenée, enfermée dans un moule d'hypocrisie et de honte.
Je n'ai plus de remords.
Mais je n'en ai pas davantage me concernant.
Je ne serai pas complaisant non plus à mon égard.
J'aurais dû dire stop.
J'aurais dû...

J'ai passé le mois de septembre.
Entre ces têtes de foire qui hurlent : "comment avez-vous pu oser me rendre des merdes pareilles! c'est pas possible, vous vous foutez de ma gueule ou quoi? " (mais oui, Madame, voyons, on a que ça à faire, on vous rend des copies nulles juste pour nous fendre la poire un peu et perdre de notre précieux temps d'étudiants!) et les vieilles peaux qui auraient déjà dû être à la retraite depuis des lustres et qui vous achèvent la journée en vous traitant de " recrutement large, cette année! " (elles ne sont même pas originales et ne changent même pas de discours selon le jour de la semaine), on aurait presque effectivement de quoi de fendre la poire et se la jouer cool Raoul.
Bah non, ça a pas mordu avec moi.
J'ai pas bronché.
Mais j'ai pas ouvert la gueule pour rigoler non plus.
Je me suis dit, terrorisé, ils vont me rendre fous, c'est un asile ici, mais enfin, qu'est-ce que je fous là?
On vous apprend à écraser les autres, ça oui, ils sont experts pour ça, ils vous apprennent à
*PAGE DEUX CENT DIX-NEUF.
culpabiliser, ils sont un peu comme une vaste secte, ils vous manipulent l'esprit et bientôt vous vous rendez compte que vous ne sortez plus.
De toutes façons, dehors c'est la perdition, la déchéance et le choléra.
Ici, c'est bien, on va vous rendre forts, vaillants, de vrais hommes!

En attendant, y en a qui s'en vont, y en a qui craquent, mais tant mieux, qu'ils s'en aillent ces faibles, ici on ne veut que les têtes dures, ici le courage rime avec les coups bas, l'égoïsme et l'hypocrisie.
Ici, tout est permis.
C'est marrant comme jeu.
On pourrait rigoler encore un coup, un peu plus fort, cette fois, s'il vous plaît!
Allons, vous n'êtes pas très bon public.
Ici on peut tout se promettre: "oh pauvre bichou, tu as raté les cours ce matin, oh pauvre coeur, y a une interro demain, comment tu vas faire? mais oui, pas de problème, je vais t'aider, je vais te photocopier les cours de ce matin, je te les donnerai ce soir, en sortant, pour que tu puisses gentiment réviser.
- Oh, merci, tu es adorable. Mais que ferais-je donc sans toi?"
Et on apporte les cours.
Et bien sûr ils n'ont rien à voir avec ce qu'on a étudié en réalité ce matin.

En attendant, je tiens bon, je ne sais pas vraiment pourquoi.
J'ai l'impression de m'être trompé de galaxie, je regarde ça, un peu hagard, je n'arrive pas à y croire, mais je suis transporté par une vaste léthargie.
Ils sont forts, ils parviennent toujours à endormir les plus sceptiques.
Ceux qui ne veulent pas lâcher le morceau et qui veulent tenir bon.
J'aurais dû claquer la porte à la fin de ce mois d'initiation.

Au lieu de ça, c'est plutôt à Violaine que je claque ma porte.
En octobre.
Ca ne va plus entre nous.
Elle ne supporte pas son échec scolaire et ne supporte pas que je me la joue parce que, moi je suis en hypokhâgne et patati et patata.
Sauf que moi, justement, je désespère déjà d'y être et que je ne sais pas comment lui faire comprendre que je n'en suis pas fier et encore moins heureux.
Elle devient agressive.
Depuis la fin de l'été, elle veut faire l'amour.
Je ne me sens pas prêt.
Elle ne comprend pas. Elle s'agite, tout s'accélère, elle croit que je ne l'aime plus.
Moi, je ne comprend pas son changement d'attitude brutal et sans transition. Jusqu'à il y a un mois c'est à peine si elle voulait me montrer sa poitrine, et aujourd'hui elle devient provocante, exigeante, elle accélère tout, elle veut qu'on fasse ça dans une voiture sordide.
Pour une première fois, je rêve de mieux!
Et puis, elle m'intimide, et puis je ne comprends pas sa soudaine hâte.
Elle a peur que je la quitte, elle a peur de tout.
Elle devient violente.
Je passe.
Un jour, elle me gifle. C'en est trop. Je ne veux plus la voir.
C'est fini.
Elle ne comprend pas.
C'est le début d'une insupportable situation de crise entre nous.
Je m'empresse de l'oublier, je ne suis pas prêt à encaisser ce choc, cette souffrance.
Moins de trois semaines après, je propose à Marjorie de sortir avec moi, si elle est toujours d'accord, en sachant que ce n'est pas gagné et que je ne suis pas sûr de mes sentiments pour elle, mais que je souffre et que j'ai besoin de quelqu'un en ce moment.

Les ingrédients ne sont peut-être pas les meilleurs.
M'enfin, on s'en sort.
J'aime nos câlins, Marjorie se montre douce, patiente et compréhensive. Elle coopère.
Mais surtout, elle est très importante pour moi. Bien plus, elle commence à devenir ma survie.

Ils nous donnent des tonnes de travail.
Le soir, on ne se couche plus avant quatre heures du mat'.
On se couche souvent, alors qu'on n'en peut plus et qu'on n'a même pas fini ce qu'on aurait dû faire!
On a des tas de dissert' à rendre en même temps, les notes sont catastrophiques, quand on a 6, on s'estime heureux, on commence à abuser du café.
Le sommeil manque. Le soleil aussi.
La famille aussi.
Bientôt, on a plus trop le temps de rentrer dans sa famille.
Quand on croise une Karine S. dans la cour de la récré, on lui fait fête, tellement on se sent mal, démuni, perdu! c'est vous dire!
On se rapproche les uns des autres.
On est dans la même galère et ils ont beau vouloir qu'on travaille chacun pour soi, et seul contre tous, ils ne font que nous jeter les uns vers les autres.
On ne sait plus où on va.
On lie des amitiés.
Certaines commencent à nous dévorer.
Je me rapproche de Guillaume.
Lui, commence à parler de devenir ermite au fin fond de la Chine.
Je me rapproche de Manue. Tempérament fort, très entier. Grande sensibilité. Grande gentillesse de coeur.
Elle va encore à-peu-près bien, elle.
Elle est plutôt solitaire et se donne une éthique de travail que je trouve admirable, en tout cas très respectable et enviable.
On commence à former un petit groupe de quatre. Marjorie, Manue, Guillaume et moi.
On ne se quitte presque plus.
Le soir quand je rentre dans ma petite chambre (pourtant bleue et blanche) je déprime, je me sens mal; je n'aime pas beaucoup mes voisins.
Je me sauve grâce à la musique.

Je me sauve (et me perds bientôt) grâce au jeudi.
Depuis que je suis en hypokhâgne, nous nous écrivons des lettres avec Olivier, comme nous nous voyons moins souvent.
Ses lettres, elles sont belles, elles sont noires, elles me fascinent, elles me hantent.
Je me relève le peu de nuit qu'il me reste dans cette école stupide, pour regarder dans le dictionnaire les mots qu'il emploie.
Mais qu'a t-il donc voulu dire par là, exactement; m'aime t-il donc un tout petit peu?
Et il m'aime beaucoup, certes, à sa manière.
Et moi, dans mon malheur, je voudrais le voir heureux.
*PAGE DEUX CENT VINGT ET UN.
Je commence bientôt à me démener pour lui trouver l'âme soeur qui lui manque tellement.
Je tergiverse beaucoup avec une copine, Aurélie, pour qu'elle accepte de bien vouloir sortir avec Olivier.
Mais elle ne tarde pas à découvrir le pot aux roses: je suis amoureux d'Olivier!
C'est moi en fait qui crève d'amour pour lui.
Eve, une autre copine, recueille bientôt mes confidences, là encore le même verdict tombe : " tu es amoureux...
Je commence à l'accepter... et puis oui, je suis amoureux, et alors? ce n'est pas grave, c'est beau, j'aime un garçon, il ne m'aime pas comme moi je l'aime, mais on vit une belle histoire, à notre manière.
Il m'écrit des lettres belles, des lettres sombres.
Je me relève le peu de nuit qu'il me reste pour les relire et les relire encore!
Je n'en dors plus.
Je commence à faire l'expérience des nuits quasiment blanches.
Manue en est déjà à sa seconde ou troisième nuit complètement blanche.
On abuse du café.
J'ai les doigts qui bougent tout seuls.
J'ai des aigreurs dans le ventre.
Je ne supporte plus ce corps que je n'ai jamais vraiment aimé. Je mange de moins en moins. C'est un cercle vicieux, je ne suis pas bien, donc je mange moins. Je mange moins, donc je suis encore moins bien.

Mais il y a le jeudi...
Le Jeudi...
Le jeudi, je sors de ma prison, je vais humer l'air de Nice, je sors à l'extérieur des murs du Lycée M...
Disons, le Lycée Masséna, de toutes façons il n'y a que celui-ci qui prépare aux grandes écoles, à Nice, alors pourquoi faire encore des cachoteries?
Et le jeudi surtout, je vois Olivier.
On s'évade, il me fait m'évader, à tous les sens du terme, je m'envole, on va prendre un café, je ne vis bientôt plus que dans l'attente de ce jeudi et le soir je déprime fortement. J'attends le jeudi suivant, mais le jeudi suivant, c'est dans longtemps. Très longtemps.
Le lundi, ça va mieux.
Le mardi encore un peu mieux.
Quelquefois, je n'attends plus le jeudi, je n'ai plus cette force, je n'ai plus ce courage.
Je l'appelle.
Je suis en transe. Je suis en transpiration.
Sa voix.
Quand sa voix me parle, chaude et brutale, elle me rassure, m'exagère, m'exaspère.
Il n'est pas là, mais je le sens pourtant tellement au fond de moi... je voudrais qu'il soit là, tout près de moi.
Je voudrais qu'il soit en moi.
Je me dis: " c'est spirituel, c'est spirituel! "

Les hommes, je ne les connais pas encore, je ne les ai pas encore goûtés vraiment.
J'ai franchi le cap, à la fin de l'été.
Il était gros, il était moche.
Il était vulgaire.
Je ne sais pas pourquoi j'ai dit oui. J'aurais dû être plus exigeant, mais j'étais pressé. Je ne comprenais pas ce qui se passait et je voulais comprendre.
Mais le sexe, ça n'était encore que le sexe.
Pour moi, ça n'impliquait pas d'émotion, pas de sentiment.
Ca n'était même pas la beauté et la douceur des sentiments que j'éprouvais pour Marjorie, qui devenait de plus en plus belle et de plus en plus provocante.
Je ne portais pas le sexe dans une grande estime.
Je disais que ce n'était que quelques titillations, quelques choses tout à fait superficielles. Ca ne comptait pas.
Et Olivier, bien sûr, ça n'était que spirituel!

Bientôt, Guillaume s'est mis à aller très mal.
Lorsqu'il ne nous parlait pas de sa vie d'ermite en Chine, il songeait à se foutre en l'air.
Ca me rassure encore de ne pas dire: se suicider.
Un jour, pendant les vacances de la Toussaint, il a pressenti mon appel, je lui ai dit simplement:
" J'ai tort, hein?
Et il m'a répondu:
- Si tu parles de la vie que tu mènes, celle que tu conçois, oui. Désolé de te dire ça, je sais que ça fait très mal et je sais ce que c'est, mais oui. Toi et moi nous le savons. Je savais que tu m'appellerais. Je savais que tu en arriverais là, toi aussi."
On a tissé des liens très forts, il est devenu comme un frère, un frère spirituel, il y avait beaucoup d'amour entre nous, mais rien de comparable avec ce que je ressentais pour Olivier, rien de comparable avec ce qu'il ressentait pour Magali T.
Ca me marquait beaucoup de le voir comme ça.
Certains me disaient qu'il avait une mauvaise influence sur moi, mais moi je savais bien tout comme lui, que je n'avais plus le choix, qu'on n'avait plus le choix.
On serait toujours du côté du monde sensible, tous les deux, dorénavant.
La vie, ce n'était pas une chose superficielle.
On avait un chemin, une identité, il fallait aller la chercher au fond du trou, il fallait tout détruire pour pouvoir construire après.
Mais y arriverait-on?
Y arriverait-on?...

Guillaume a failli se détruire.
Les jours les plus difficiles furent en novembre et en décembre pour lui.
Je ne parlais presque plus avec les autres gens de la classe. Je m'étais imaginé qu'il fallait que je me retire au fond de moi; il ne fallait même plus perdre du temps à leur dire bonjour. Je ne parlais pratiquement plus qu'avec Guillaume, Marjorie et Manue.
Et il y avait le jeudi, inlassablement.
Chaque rencontre me brûlait un peu plus et chaque lettre me crevait davantage, mais ce n'était que spirituel, vous comprenez!
J'ai tenu le coup encore un peu, pour Guillaume sans doute.
Nous redoublions d'efforts et d'énergie, Manue, Marjorie et moi pour qu'il ne sombre pas tout à fait. Mais il nous a fait très peur. Il est tombé malade, et même lorsqu'il semblait là, il n'était pas là.
Marjorie aussi a commencé à craquer.
Je ne lui rendais pas la vie facile et mon anorexie (car c'en était arrivé là, sans que je ne m'en rende vraiment compte, sans que personne ne s'en rende vraiment compte) devenait de plus en plus sérieuse.
L'état de santé de Guillaume s'est aggravé encore en décembre, je n'avais presque plus de force moi-même et je me suis mis à reparler à quelques personnes dans mon malheur et la
*PAGE DEUX CENT VINGT-TROIS.
perdition de moi.
J'avais très peur pour Guillaume; il pensait qu'il allait se suicider, et nous craignions le pire.
Guillaume devenait fou de cette Magali T., bizarre et parfois assez insensible, joueuse, intempestive, allumeuse sous des airs de sainte nitouche à qui on donnerait le bon dieu sans confession, étrange et dépressive dans le fond.
Un jour, j'ai senti qu'il allait se brûler le bras avec un briquet, j'ai accouru vers sa chambre et je l'ai vu, sur sa chaise, avachi mais apparemment dans une certaine forme; ça m'a soulagé.
Je lui ai dit:
" Tu vas rire, mais...
Je craignais que tu ne te sois brûlé le bras!"
Il n'a pas ri, mais il m'a montré son bras.

Je ne sais plus comment c'est venu.
J'ai pris la résolution de mettre fin à mes jours le 7 janvier qui suivait.
C'était un après-midi gris, à Cannes, où je me baladais plus ou moins tranquillement, pour une fois, à cette période.
J'avais oublié les nuits quasiment blanches, les douleurs, les amours, les violences, les devoirs à rendre, les profs, ce p... de lycée, Guillaume me semblait perdu, je ne voyais pas d'issue; j'ai décidé ça tranquillement, comme une évidence, comme une fin à mes maux, comme une suite logique, comme plus rien du tout. Je ne pensais plus. Plus.
Quelque chose me faisait tenir. Au moment de Noël, il y aurait une fête et je reverrais certainement quelques amis de la fin du lycée. Il y aurait Olivier. Il y aurait Olivier. Une belle façon de lui dire au revoir, sans qu'il le sache, et je pourrai m'éteindre doucement, ensuite, à la rentrée. Je ne voulais pas affronter cette nouvelle année, cette nouvelle rentrée.

La fête est venue.
C'était la fête.
Je parlais de nouveau avec des gens, ils étaient gentils, il y avait de la musique, un peu d'alcool, de la danse, une vieille copine Estelle.
Tout allait mieux.
Je dévorais Olivier du regard.
Il était très proche de moi, je crois que nous n'avons même jamais été plus proches qu'à ce moment-là.
Et puis, tout a basculé.
La fête a tourné au drame, au délire.
Olivier est sorti avec une fille ce soir-là.
J'ai pété les plombs.
J'avais envie de l'égorger, elle et de le tuer lui, puis de me jeter dans la mer et me noyer.
Je n'ai rien fait contre eux, je suis parti précipitamment.
Je ne me souviens pas de tout, alors, j'ai déambulé, j'ai hurlé, pleuré, me suis jeté au sol, je me suis déchiré, je me griffais les veines, j'ai regardé la mer, j'ai entendu sa plainte longue et monotone, son râle, ma plainte, celle de mon coeur, j'ai failli devenir fou, me suis perdu, suis revenu vers la fête, suis reparti.
J'ai voulu me noyer, mais je ne suis pas parvenu à la mer.
Puis, on m'a retrouvé.
Je délirais sur un banc.
C'était Marjorie et Manue.
Elles m'ont dit que tout le monde s'inquiétait.
Je ne sais même plus vous dire si elles étaient là cette fois-ci ou pas. Je ne me souviens pas, après tout.
A vrai dire, je ne saurais plus dire exactement à quel moment précis telle ou telle chose est arrivée.
Je sais que nous sommes rentrés une nuit où je délirais, elles deux et moi, chez mes grands-parents, et je crois même qu'il y avait la fille avec qui Olivier était sorti.
Mais je me souviens d'une autre fois où je suis allé dormir chez Olivier.
C'était le point culminant de ma passion.
Il était beau, plus que jamais, il est parti raccompagner une amie en moto, je lui ai dit de prendre soin de lui, il m'a dit de ne pas m'inquiéter. Il avait un regard tendre, un regard chargé de mercis, merci de m'aimer autant.
Mais il ne m'en a jamais parlé de vive voix.
Et moi non plus d'ailleurs. Je lui ai dit tout au plus, un soir d'intimité extrême (lui me voyait comme un frère et moi je prétendais le voir ainsi aussi):
" Je t'aime très fort ".
Je crois qu'il m'a répondu qu'il le savait et que moi aussi, j'étais très important pour lui.
Voilà.
Je ne me suis pas suicidé à la rentrée.

Mais c'est allé encore plus mal.
Je n'aurais pas cru, avant ça, pouvoir souffrir autant.
Marjorie ne savait plus quoi faire, elle était elle-même très mal, Guillaume allait un peu mieux, mais cette fois, tout le monde portait ses regards sur moi. Tout le monde sentait que c'était moi, qui perdais pied cette fois-ci.
Je me souviens d'un soir où des amis m'ont obligé de force à manger un peu de soupe en poudre.
Je ne mangeais plus rien les derniers temps, parfois je ne mangeais en tout et pour tout dans la journée qu'un peu de salade de tomates.
J'exécrais mon corps; je me trouvais hideux.
Je me jetais sur mon lit et je pleurais pendant parfois deux heures d'affilée, jusqu'à ce que je m'endorme enfin, ou reste léthargique, avant une nouvelle crise de sanglots.
J'ai senti le corps d'Olivier me ronger, j'ai senti son sexe me pénétrer violemment, j'ai commencé à avoir des maux de ventre insoutenables.
Je me levais et retombais aussitôt.
Le matin, je ne me levais plus.
Je n'allais plus en cours.
A l'internat, c'était difficile de manquer et on a commencé à s'inquiéter vraiment de mon état.
Quand j'ai senti que mon désir pour Olivier était aussi fort et aussi extrême, j'ai compris que ma vie ne serait plus jamais la même. Toute ma vie allait basculer, changer définitivement!
Je pouvais avoir du désir aussi pour un garçon que j'aime!
Je ne pouvais pas accepter ça. Et je ne supportais plus son manque physique.
Je me suis mis à délirer, je l'appelais dans mes délires, je le voyais encore le jeudi, mais ça s'est estompé. Devant lui, je faisais bonne figure, mais il voyait bien que j'allais de plus en plus mal. Je parlais de suicide, de mort, de fin, de n'importe quoi pourvu que ce soit glauque et profondément noir et désespéré.
Il m'appelait alors: "le cercueil vivant".
Il a commencé à prendre peur, il m'a dit qu'il fallait que je me ressaisisse, que cette école était en train de me rendre fou. Je lui faisais croire que j'étais mal à cause de notre rythme de vie, de tout ce qui me remontait du passé, de cet enfermement quasi quotidien.
Il y avait de ça aussi; mais c'était un tout.
Et aussi, l'anorexie me rendait de plus en plus faible.
Un jour, quand j'ai constaté un creux dans mon ventre, nageant à moitié dans une espèce de
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délire euphorique ("chouette, je suis enfin maigre!") et une désolation consternante, je suis allé dans une cabine téléphonique pour appeler un réseau gay et me trouver un mec pas loin du lycée, je suis allé le voir, il m'a fermé sa porte au nez en constatant le zombie qu'il avait devant lui et je suis rentré comme si de rien n'était, avant de m'écrouler des heures sur mon lit insensible.

Un après-midi où je suis allé en cours, j'ai cru que j'allais devenir complètement fou, j'ai été obligé de sortir précipitamment de la salle, Guillaume a juste eu le temps de me rejoindre, je suis tombé dans les escaliers et il m'a porté à bout de bras à l'infirmerie.
Il m'a fait une bise sur le front et m'a dit:
" Tu m'as fait très peur ".
Je n'oublierai pas ce moment.

Mais bientôt, ces chutes sont devenues fréquentes et je me suis mis à me débattre, à avoir des crises de convulsions très violentes et incontrôlables. Je délirais complètement, hurlais après Olivier, certains avaient la larme à l'oeil, d'autres trouvaient un amour aussi extrême beau, mais je me sentais moi, habité comme par un démon et le pire, c'était quand je sentais Olivier au fond de moi. Je devenais cinglé, je me débattais de nouveau et je me sentais me perdre.
Souvent aussi, j'imaginais qu'Olivier me collait sa bouche contre la mienne, sans fin, et là, j'avais le sentiment d'étouffer.
Je ne sais pas pourquoi ça faisait aussi mal.
Je ne comprenais rien.
Je cédais à cette douleur plus excessive et plus aiguë que toutes, et il fallait me donner des médicaments.
Je ne voulais plus voir l'infirmière, je ne voulais plus aller en cours.
Je me sentais me perdre.

Un soir, je me suis retrouvé par terre, allongé dans une coursive.
Je me souviens avoir hurlé et puis m'être jeté au sol, puis j'ai essayé de me lever, me suis débattu et ai agité mes membres maigres dans tous les sens, je n'ai pas réussi à me relever.
Je suis tombé dans une sorte de coma.
Je me suis réveillé, j'étais chez des amis.
J'ai de nouveau gueulé pour dire que je ne voulais pas aller à l'hôpital, mais cinq minutes plus tard, les pompiers venaient me chercher.
Ils ont été obligés de m'attacher.
Je criais, essayais de me tordre dans tous les sens, ils ne voulaient pas croire que je n'étais pas drogué.
Ils m'ont conduit de force chez les fous et j'ai commencé à avoir très peur.
Je me suis dit non, je ne veux pas aller là, je ne suis pas fou, du moins pas dans le sens qu'ils croient, un mec m'a demandé si j'avais eu des nouvelles de Napoléon, je me suis dit que je n'étais pas à ma place, j'ai eu peur.
J'ai vu une psychiatre, elle a compris qu'il me fallait me retrouver dans un endroit connu, je suis donc rentré à la 'prison', ils sont venus me chercher, dégoûtés de me revoir de nouveau, si tôt parmi eux, je suis allé retrouver mon lit et j'avoue que pour cette nuit, j'ai presque été soulagé de rentrer dans cet endroit.
Le lendemain matin, le censeur qui ne pouvait pas me blairer, est venu frapper très violemment à ma porte. Bien sûr, je ne comptais pas me lever et encore moins aller en cours, mais j'ai cru qu'il allait défoncer la porte, si je n'ouvrais pas.
Il a déchargé sa haine contre moi, il m'a gueulé dessus, j'étais un trouble-fête, il fallait me renvoyer chez moi, il n'en pouvait plus de moi, etc.
Il avait du reste averti mes parents, et si après les vacances de février, ça n'allait pas mieux, il lui faudrait me foutre dehors de l'établissement.

Mon père a donc été au courant, il m'a posé des tas de questions. Je suis resté sourd et muet. Il a su pour l'hôpital aussi. Je suis resté muet encore une fois, mais je me sentais un peu mieux de rentrer ce week-end là, à la maison.

J'ai eu de nouvelles crises.
Une fois, je crois que c'était la plus spectaculaire, j'ai voulu grimper sur les murs de la fac, où nous avions quelques cours parfois, c'est-à-dire que j'étais par terre et je me débattais tellement violemment, la douleur était tellement abominable, que je me jetais dans tous les sens et mes jambes essayaient de grimper le long du mur.
Il a fallu quatre personnes pour me calmer, me faire arrêter les crises, me relever, me ramener à la prison.

C'est fini.
J'abrège vos souffrances. Et les miennes.
J'arrive au dernier souffle de ce chapitre, au dernier moment.
C'était un peu avant que nous ne partions à Paris (on allait faire un séjour de cinq jours environ, juste avant les vacances, pour visiter un peu la capitale et voir différents musées).
J'allais au plus mal, je crois.
Je ne tenais plus assis sur ma chaise, je tombais souvent.
J'étais malade et j'attendais la mort.
Pour moi, ce n'était plus qu'une question de jours; je savais qu'elle viendrait, je ne cherchais même plus à me suicider, je savais qu'elle viendrait me cueillir, d'elle-même, toute seule, tout tranquillement, comme ça, sans mal.
Je l'attendais sans l'attendre, je ne me posais plus de question.
Je ne voyais plus Olivier.
Je crois que j'étais prêt, quelque part.

Un soir donc, j'ai voulu monter rejoindre Manue dans sa chambre.
C'était en haut d'un étage, tout au bout de l'établissement.
J'ai commencé à monter les escaliers très péniblement (mes muscles se contractent encore).
Puis je suis tombé une fois de plus.
J'étais seul. Tout seul.
J'ai commencé à pleurer. A mon âge, je ne parvenais même plus à monter un escalier tout seul, à mon âge, je sentais déjà tout le poids d'une souffrance aveugle, à mon âge, je sentais déjà les affres de la mort, je ne la sentais pas loin, la traîtresse, je sentais déjà son souffle glacé se poser sur mes os.
J'ai pleuré.
Puis je crois que je me suis pratiquement endormi, là, seul, dans cet escalier minable.
Je n'avais pas complètement oublié mon but d'antan: monter cet escalier et me rendre chez Manue.
J'essayais de me lever. Impossible. J'essayais de crier au secours. Impossible.
Ma gorge était sèche, plus aucun son ne sortait. Je n'entendais plus qu'un souffle ridicule s'échapper de ma voix. Je ne sentais plus mes membres, plus mon corps, plus ma tête.
Bientôt, je ne sentais plus rien, plus que le vide, le néant. Je ne sentais plus rien de moi, même plus la douleur.
J'ai commencé à m'engourdir, le sommeil est venu me cueillir.
J'ai vu une douce lumière jaune, d'abord pâle venir me chercher.
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Elle était loin, au début, la salope.
Puis elle s'est rapprochée.
Mes yeux étaient totalement fermés à présent.
La lumière, au fur et à mesure, est devenue de plus en plus jaune, de plus en plus virulente.
Je ne me souviens pas quand sont arrivés les bras.
J'ai senti deux bras d'airain, lourds, très lourds, ils ont voulu me porter, ils ricanaient peut-être, ils étaient peut-être bienveillants.
Il y avait cette lumière, douce, pleine de promesses et furieuse à la fois, et il y avait ces bras, ses bras.
Elle venait me chercher, ça y était.
C'était glacé, tout était glacé, je sens encore sa glace.
Elle me tirait à elle, elle me tirait de toutes ses forces.
Je n'avais plus qu'à me laisser aller.

J'ai vu cette lumière.
J'ai senti ces bras, ses bras me tirer à elle.
Je sentais que tout était fini, que je m'abandonnais à elle.
Et tout à coup, dans une fureur désespérée, dans un élan où l'on rassemble peut-être tout ce qui nous reste de vie, j'ai hurlé, hurlé et j'ai crié:
" NON! ", "C'est trop stupide"! Comme on crie non, ce n'est pas l'heure! ce n'est pas le moment. Pas maintenant! Pas avant d'avoir connu le bonheur! Pas comme ça!
En même temps, je me suis levé de toutes mes forces, comme je criais et je me suis précipité loin de ces bras, loin, loin, je me suis jeté contre la porte, j'ai cherché la poignée, je l'ai ouverte et j'ai couru jusqu'à Manue.
J'ai refermé la porte de sa chambre.
Elle a compris. Elle m'a immédiatement allongé sur le lit.
Elle m'a donné quelque chose pour dormir.
Je me suis réveillé le lendemain, à côté d'elle.
Je ne suis pas mort.
Je lui dois la vie.


Ces bras m'ont brisé, ils m'ont tout donné en même temps, ce que je suis, mes rêves et mes espoirs, mes enthousiasmes, ma fureur de vivre à deux cent pour cent, je vis comme si aujourd'hui était la fin, je vis tous mes rêves, je ne transige pas...
Je ne suis pas mort.
Je ne me lasse pas de dire merci à tous ceux qui me donnent de la vie, à tous ceux qui m'insufflent des moments de bonheur, de passion.
Ce n'était pas l'heure.
Ce n'était pas l'heure.
Il me fallait donc connaître tout ça.
Ca valait donc le coup, ça valait donc le coup.
Je suis libéré.
Libéré!...


* Chapitre 29. Celle qu'il appelait la Contrebasse rouge (7). Niort, le mercredi 27 juillet 2005. Merci de tout coeur à Manue, Guillaume et Marjorie. Merci aussi à tous ceux qui sont venus après et qui me donnent la vie. Je vous aime. Merci aussi à Olivier. Merci aussi à l'hypokhâgne, elle m'a donné beaucoup, m'a appris beaucoup, m'a dessiné des limites, m'a forgé tel que je suis, m'a permis de m'assumer, de m'ouvrir à mon passé, mon présent, et peut-être plus tard, mon avenir. Elle m'a permis de m'accepter, de me vivre. L'expérience de la mort m'a donné l'expérience de la vie.