12.01.2007
Le 12 janvier 1985.
Le 12 janvier 1985.
Je me souviens.
C'était un samedi.
Un samedi matin.
J'étais en CE2, nous faisions une dissertation.
J'étais très bon élève (à l'époque) et pour moi, cette dissertation ressemblait à toute autre dissert', un exercice de plus, que j'aimais du reste beaucoup, un exercice comme nous en avions les samedi matins, en CE2.
Cette dissertation, plutôt, aurait dû être comme les autres.
Mais ce jour-là, un évènement inattendu est venu se mêler à l'exercice, est venu me troubler. Me perturber.
Un évènement rare.
Je me souviens des premiers flocons de coton voler dans le ciel du Cannet, troubler sa quiétude, donner une note brutale en même temps que douce, presque sauvage, bizarre, dans ce ciel azuréen.
Les premiers flocons, je ne les ai pas vraiment vus.
J'ai regardé le ciel seulement après avoir entendu un de mes camarades de classe crier:
" Oh, il neige!"
Ca nous a tous surpris.
Moi, peut-être encore plus que les autres, parce que d'ordinaire rien ne pouvait troubler ma dissertation, rien ne pouvait troubler mon envie d'écrire, d'inventer, de rédiger.
Mais là, j'ai regardé le ciel.
Bientôt, je le regardais fixement, fasciné.
Le garçon - qui était le fils du maître de classe - s'est fait un peu disputé par celui-ci.
En effet, il allait chaque année passer ses vacances d'hiver à Saint-Auban, dans les Alpes de Haute Provence et là-bas, ils étaient habitués à voir de la neige.
Mais ici, à Cannes...
Bah, c'était bien la première fois que je la voyais tomber!
Je croyais jusqu'à maintenant, que c'était quelque chose de réservé à la montagne, la neige, ou alors au nord de la France, mais ici, sur la Côte d'Azur...
Ah, maintenant il n'y a plus vraiment de règle.
Avant, on nous disait qu'il neigeait sur la Côte d'Azur tous les vingt ou trente ans, mais depuis 1985, j'ai bien vu plusieurs coups de neige, il peut faire très doux en plein hiver, puis subitement se mettre à neiger le lendemain, je me souviens encore il y a quelques années un 28 février glacial et neigeux à Nice alors qu'il faisait seize degrés la veille!
Mais en 1985...
Il y avait bien longtemps qu'on avait pas vu un seul flocon sur la Riviera.
En tout cas, je n'en avais jamais vu un seul.
J'ai été ému. Bouleversé. Comme scotché à ma chaise.
Allez donc savoir d'où me venait cette étrange fascination...
Je ne pouvais plus m'arrêter, m'empêcher de regarder, d'admirer les doux flocons tomber.
Bientôt, ils devinrent plus fréquents, plus intenses, plus gros, plus voluptueux, plus rapides aussi.
Le maître levait un peu la voix:
" Bon Alexandre, ça suffit maintenant! les autres encore je comprends, mais toi voyons;tu sais ce que c'est que la neige, quand même!"
Et moi, j'étais fasciné, scotché, interloqué.
Je ne pouvais plus écrire.
Quel spectacle!
La tempête de neige s'est ensuite levée, elle s'est mise à s'emparer brutalement des vitres, des trottoirs, des paysages, des têtes aussi, pleines, remplies de ces morceaux de coton maintenant presque aussi grands que des doigts.
La tempête s'est mise à tout balayer.
Ma mère est venue me chercher, laborieusement, après la classe.
J'ai peu de souvenirs de mon enfance, mais celui-ci, j'ai l'impression qu'il date d'hier matin.
J'ai peu de souvenirs de mon enfance, mais je ressens encore ce bonheur, ce bonheur immense, insolite, inconnu, devant cette poudreuse devenue envahissante, ce froid cotonneux.
Je me souviens du lendemain matin.
Un dimanche pas comme les autres.
Trente cinq centimètres de neige dans le jardin, vingt sur les branches des palmiers, et moins sept degrés au thermomètre.
J'ai joué toute la journée, jusqu'à n'en plus pouvoir.
Un bonheur immense, tendre et violent à la fois, tel que j'en ai eu assez peu (jamais assez) dans la vie.
C'était déjà moins de deux ans avant la disparition de ma mère.
Je ne pouvais pas deviner, je ne pouvais pas comprendre qu'elle allait bientôt mourir, que sa vie était déjà très entamée, je ne pouvais pas comprendre qu'avec un tel bonheur, on puisse ensuite autant souffrir.
Je n'ai pas compris les années, les messages, les bonheurs, les morts, les absences, les chutes, les vertiges.
Je les ai pourtant tellement sus, tellement comptés, tellement appréhendés, tellement vécus.
Aujourd'hui, que reste t-il de cette neige intense, un douze janvier mille-neuf-cent-quatre-vingt-cinq, que reste t-il des parfums de ma mère, de mes couleurs, ses odeurs, ces blancheurs?
Il reste le coeur, un coeur qui ne veut pas encore oublier, qui ne sait pas encore complètement oublier.
Il reste cette incroyable douceur, en ce douze janvier 2007, qui me dit que rien n'est plus comme avant, mais que c'est doux, encore parfois.
Qui me dit pourtant que des malheurs, il y en aura encore d'autres.
Mais je veux terminer par cette phrase, délicate et forte.
Je me dis que des bonheurs, il y en aura encore.
Et encore...
16:15 Publié dans Remember... | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : souvenir, neige, temps, mort, journal intime
10.11.2006
Souvenir d'un train.
Je lance ce soir une nouvelle catégorie (encore une lol, mais c'est la dernière de la soirée!)
J'ai voulu ce blog comme un lieu d'échange et de rencontre, de partage, je l'ai dit.
Je serais très heureux et ému qu'ici chacun vienne poster un petit texte de sa composition personnelle...
Je propose (j'ai vu ça sur l'une des catégories du blog de Matthieux et l'idée m'a énormément plu) que chacun vienne donc poster un billet, d'après un sujet que je lance.
Pour ma part, j'ai nommé cette catégorie "Remember..."
J'aimerai me pencher sur une émotion, un sentiment du passé.
Aujourd'hui, comme j'aime tellement, vous le savez, les voyages, j'aime beaucoup aussi les trains, à fortiori.
Alors j'ai envie de parler d'un souvenir, un jour, dans un train. Ca existe aussi cette rubrique d'ailleurs dans le journal du TGV. Et j'aime toujours aller lire les souvenirs des gens, dans les trains. Rêvasser...
Bon, là, chui un peu fatigué ce soir (et j'ai une moussaka de courgettes à aller préparer lol) alors j'écrirai un souvenir dans un train un autre soir.
Mais vous pouvez écrire si vous voulez! J'en serais enchanté...
Alors, @ vos claviers?...
Bisous, belle soirée et @ tout bientôt.
(...) Ce soir, j'ai envie de raconter un voyage en train que j'ai fait dans le courant du mois de mai.
Je venais d'apprendre que j'avais chopé la syphilis... et je ne me sentais pas bien. Oh, je ne saurais dire aussi exactement pourquoi j'avais sans arrêt des crises d'angoisse ce mois-ci.
Toujours est-il qu'elles étaient insupportables. L'impression de mourir, là, comme ça, de façon imminente... de suffoquer.
Et là, un jour, alors que je ressentais une phobie que je n'avais jamais ressentie auparavant, la peur de partir, la peur du train, la peur de ne pas accomplir mon but de voyage (en voyage je suis d'habitude tellement heureux, tellement serein, tellement confiant)... eh bien ce jour-là, le jour où je suis parti pour aller voir mes grands parents en Normandie, j'ai bien cru que je n'y arriverais pas, que je n'y arriverais jamais, que j'allais crever (je sais, c'est stupide!) avant. J'avais l'impression que j'allais étouffer. Que j'allais avoir une crise cardiaque, ou je ne sais quoi d'autre, mais ce quoi d'autre, m'empêcherait d'aller au bout de mon voyage.
C'était douloureux.
Je me suis bourré de cachets (ce jour-là), les heures m'ont paru interminables et jamais le train ne m'a semblé être un aussi laid ennemi.
Mais peu à peu, la Normandie s'est rapprochée... peu à peu, je suis arrivé vers mon but...
Peu à peu, le train m'a conduit là où je m'étais fixé d'aller.
***
15/11/06
Je relance cette rubrique lol. En souvenir d'autres trains aujourd'hui. Dans un tout autre genre! Je me pointe en gare d'Angoulême à 11H26. Un peu just pour attraper le train de 11H27, Steffi vous a déjà un peu raconté comment j'étais lol !
Bon. Je rate le train. Ca, c'est pas vraiment un scoop, et ça n'est d'ailleurs pas la fin du monde. Je vais pouvoir de toutes façons prendre le prochain.
A 12H04.
Mouais.
On me dit que quelqu'un s'est suicidé sur une voie, dans la région et que les trains risquent d'avoir du retard. Mouais.
Je me dis à l'intérieur de moi-même que les personnes qui ont envie de se foutre en l'air pourraient au moins éviter les voies ferrées! D'abord, il y a sans doute mieux pour mettre fin à ces jours et ensuite c'est en général deux heures de retard minimum dans ces cas-là, sans compter les scenes auxquelles on assiste parfois! N'est-ce pas, Manue, Guillaume et Marjorie, on était abonnés à ces suicides en hypokhâgne, à une époque où je n'étais pas toujours justement très dans mon assiette.
Mouais.
C'est très con. Je sais.
Mais mon regard là tout de suite à midi se pose sur: à quelle heure vais-je donc rentrer? Egoïsme de ces jours contemporains.
J'y reviendrai.
Pas trop de problème en fin de compte, jusqu'à quelques minutes de Poitiers. Et puis, là, c'est l'arrêt. A coup sûr, je vais rater ma correspondance pour Niort. On repart. Ouf, je devrais être dans les temps. Et puis, paf, nouvel arrêt. Cette fois, des doutes m'assaillent. On arrive enfin à Poitiers. 13H04. Le train qui devait partir pour Niort attend en voie 43. Bon. Voilà une excellente nouvelle.
Je me presse un peu (mais ne cours pas, je suis fatigué et puis il y a un autre mec avec une valise qui est derrière moi et se presse comme il peut, lui). On va y arriver. Et puis, là, alors que nous étions déjà à l'entrée de la voie 43, le train PART.
Ma colère.
Je ne vous en donne qu'un extrait.
Elle éclate, pas de doute.
Je dis à un agent SNCF sur le quai: "Vous n'auriez pas pu attendre une minute? vous êtes franchement mal coordonnés". Et là, l'autre, qui se fâche: "Quoi? On est cons?" Et là c'est la goutte d'eau qui fait déborder le vase. "Ah parce qu'en plus, vous êtes sourds?, que je lui balance, ça fait beaucoup pour un seul mec..." Je vous passe la suite. Pour finir on a le droit (le gars à la valise et moi) à un sermon du style: "Vous n'aviez qu'à courrir! La prochaine fois vous courrez un peu!"
Mouais.
J'imagine le gars avec sa valise courir dans les superbes escaliers (toujours pas roulants) de la gare de Poitiers, ou une petite mamie piquer un sprint pour arriver à 13H05 (heure à laquelle le train est parti) alors qu'elle vient d'arriver à l'autre bout des quais, à... 13H04. Ils sont marrants, y a pas de doute! en d'autres circonstances, j'aurais éclaté d'un rire franc. Ils se croient encore obligés d'ajouter(ils sont maintenant trois à s'acharner sur nous): "Vous n'avez qu'à adresser une plainte auprès de la personne qui s'est suicidée!" Ca, c'est le comble. Et c'est d'un goût! Résultat: prochain train pour Niort à ... 16H19. Pas mal, cinq heures pour faire Angoulême-Niort. Y a pas à dire, dans cette région mieux vaut avoir une bagnole! Si j'avais besoin encore d'une motivation supplémentaire... Là, je crois que j'ai bien compris. J'adresse une plainte (non pas au suicidé) mais au bureau d'accueil de la gare de Poitiers, visiblement outré (ou bien ils font genre) par l'attitude peu grâcieuse de leurs collègues.
Ce n'est pas grave. Les RDV que j'avais cet aprem, bah je les décalerai à demain, et puis, maintenant je suis calmé, et j'ai même pu profiter de mon long temps d'arrêt sur la capirale poitevine pour... faire de belles photos d'automne avec mon nouvel appareil numérique. Ce soir, je repense plutôt à la vacuité et la vanité de mes propos.
Je pense à celui ou celle qui ne pouvait plus vivre, qui était tellement desespéré(e) qu'il (ou elle) s'est jeté(e) sous un train. Quelle mort affreuse! Et quelle horreur de ne plus avoir envie de vivre ou d'avoir envie de mourir à ce point. Que la vie a dû être épouvantable pour cette personne, aujourd'hui en tout cas (un coup de desespoir), ou peut-être depuis longtemps déjà (ou depuis toujours?), pour en arriver là... Cette personne était encore en vie ce matin. Elle n'est plus. Nous pensons à nous, nous pensons à nos RDV, nous portons des jugements hâtifs sur les gens, nous minimisons tout, peut-être par peur de... Mais toujours est-il que... Que sont ces chimères devant une vie blessée, irrémédiablement blessée, foutue? Je préfère maintenant penser à cette personne. Et pour que la vie reprenne le dessus, j'ai envie de penser un peu à tous ceux qui sont desespérés... ou seuls. Qui ont tellement de mal à vivre. Est-ce seulement possible de penser un peu à ces gens?...
J'ai envie de quelques minutes de silence.
20:30 Publié dans Remember... | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : ecriture, souvenir, voyage




















